Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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96. Yaelle


Moi, Yaelle, 54 ans, j’ai été victime de violences sexuelles étant mineure.
J’avais 3 ou 4 ans lorsque tout a commencé, le père de ma nounou, alors âgé de 70 ans a eu des attouchements répétés sur moi, je n’étais qu’une toute petite fille….
A 8 ans, ma famille déménage dans une autre région. Mon père et sa soeur avaient fait construire chacun une maison… l’une à côté de l’autre. Mes parents travaillaient beaucoup, et le mari de ma marraine (!!! la soeur de mon père), considéré comme un membre de la famille à part entière a proposé a mes parents de venir chaque jour à la maison pour nous aider à nos devoirs…mon petit frère et moi….. Bien-sûr, tout le monde a trouvé que cet oncle était digne de confiance…..
Mon cauchemar a alors commencé. Au bout quelques mois et après une approche très « subtile » (les prédateurs se font d’abord aimer par les enfants, afin de les mettre en confiance, avant de passer à l’acte), il a commencé à faire de moi son « terrain de jeu…. » A partir de ce moment, chaque jour, plusieurs fois par jour j’ai subi l’horreur. Chaque jour, il m’a violée, m’a obligé a avoir des jeux sexuels avec lui des plus horribles: fellations, introductions d’objets de toutes sortes dans mes parties intimes, bref la panoplie complète du parfait pédophile.
Mon père, a qui je vouais une admiration sans limites disait toujours : le premier qui touche à 1 de mes gosses, je le tue… alors mon bourreau s’est servi de cela pour « acheter mon silence »….lorsque j’ai compris que ce qu’il me faisait était « mal », je lui ai demandé d’arrêter, faute de quoi j’allais le dire à mes parents.
« Si tu parles, tu sais ce qui va se passer?
oui, mon père te tuera…..
Il me tuera peut être, mais il ira en prison, à cause de toi et tu ne le verras plus jamais, ta mère et tes frères vous serez perdus sans lui »….
Il venait d’acheter mon silence pour toujours, j’aimais trop mon père pour parler….
Mon calvaire a duré jusqu’à mes 13 ans… Moi qui était une enfant gaie, sociable, je suis devenue au fil des mois, des années une enfant « difficile, perturbée, violente et renfermée ». Mes parents ne comprenaient pas ma violence, et moi je continuais de me taire pour protéger mon père….
A 13 ans, lorsque une fois de plus il est venu pour me violer, j’ai pris un couteau, je lui ai planté dans la cuisse en lui disant qu’il ne me toucherait plus jamais…personne n’en a rien su…
Ma vie d’enfant était un enfer, je ne sortais plus, je ne jouais plus, je me mutilais à coup de cutter, j’etais completement insomniaque, je ne mangeais plus, ma mere etait souvent convoquée à l’école à cause de ma violence.Je me suis isolée de tous, y compris mes freres….pour les proteger.
Après plusieures tentatives de suicide, et sur les « conseils du medecin de famille, j’ai été placée à plusieures reprises en psychiatrie clinique…cures de sommeil, medocs, enfermée à clef dans une chambre seule, sans droit de visite durant des semaines….les medecins parlaient de pulsions suicidaires, de syndrômes autistes et d’instabilité mentale. Mes parents, desepérés ont fini par penser que j’étais « malade », psychologiquement dérangée, et les medecins se sont contenté de leur donner cette réponse.
Lorsque j’ai eu 18 ans, je suis partie à Paris pour fuir mon calvaire, puisque j’étais devenue le « vilain petit canard ». Loin de tout, j’ai tenté d’oublier, ….de faire comme ci tout cela n’était qu’un horrible cauchemar…et pour survivre, j’ai fini par le croire…..non, j’avais « rêvé » tout cela n’avait jamais existé, c’était mon seul salut……Aussi incroyable que cela puisse paraitre, le cerveau est capable de cela, il switch pour nous éviter la folie…
Les années ont passé…. pour les autres, » j’allais mieux »….toujours sans savoir pourquoi et comment j’étais folle »
MAIS les bourreaux n’abandonnent jamais…..
A 22 ans, je donne naissance à une petite fille,mon père décède brutalement quelques mois avant sa naissance, son père me laisse, seule avec mon bébé. Je m’accroche à cet enfant de toutes mes forces, je dois l’élever, je dois être une bonne maman, à défaut d’avoir été « une bonne fille…..toute ma famille guette le moindre faux pas , ma mère aussi….Je dois leur prouver que je ne suis pas « folle »
Durant les années qui ont suivi, je n’ai eu de cesse de tenter d’être à la hauteur pour ma fille, l’élevant seule dans une grande ville, loin de tout soutien. Je travaille beaucoup, pour qu’elle ne manque de rien, je travaille trop. Je dois partir plusieurs fois par semaine à l’étranger pour mon travail….Ma fille a 8 ans, elle est « diagnostiquée » par des médecins scolaires comme hyperactive, commence à être en échec scolaire malgré des tests de QI élevés…Ils me disent que mon enfant a besoin d’un cadre rigide, avec des horaires pour tout, comment lui offrir ce cadre alors que je suis absente plusieurs jours par semaine?…..Nous sommes en 1992…..
La « solution » vient de ma mère, elle me propose de prendre ma fille quelques temps, la semaine pour l’aider….elle a du temps, elle est maintenant en retraite. Je n’ai pas d’autres solutions que de laisser mon enfant, que je rejoins le plus souvent possible, pour les week-end, et les vacances scolaires…..j’en souffre terriblement, mais je le fais pour elle. Ma mère s’en occupe beaucoup, lui consacre tout son temps….les choses semblent rentrer dans l’ordre pour elle.
Un jour de juillet 1994, ma mère me téléphone en me disant que ma fille lui a tenu des propos incohérents, accusant Henri X de lui avoir fait subir depuis 3 ans…elle me dit que ma fille a dû inventer ces histoires car elle souffre de la séparation d’avec moi et qu’elle devient mythomane…..
En quelques minutes, tout bascule, je lui répond que non seulement ma fille n’est pas folle, mais que ce qu’elle a subi, je l’ai subi aussi……avec le même bourreau !
ma mère s’écroule, hurle et me supplie de ne rien dire…..par peur de LA HONTE !
Je quitte Paris, je prends mon enfant et commence avec elle le parcours de l’horreur….Nous sommes seules, je suis la seule à savoir qu’elle dit vrai, je me rends a la brigade de saint germain en laye, ou ma fille et moi-même sommes entendues durant des heures….elle doit répéter et répéter encore ce qu’il lui a fait. Nous nous rendons à l’hôpital de Poissy, ils doivent l’examiner . On nous fait attendre plus d’une heure 30 avant de nous recevoir, ma fille hurle et me supplie de partir… Je dois rester, nous devons rester, je dois aller jusqu’au bout…..
Il est placé en garde a vue, ….il nie en bloc, affirmant que mon enfant est « perturbée psychologiquement à cause de sa mère »; Il nie, c’est un homme de 63 ans, sans histoires et « bon père de famille….insoupçonnable….La police qui nous a entendu m’appelle pour me dire qu’il ne reste que quelques heures avant qu’ils ne soit remis en liberté et que s’il n’avoue pas, ils devront le relâcher. Ils me proposent de le confronter à ma fille, je ne peux pas lui infliger cela….ALors je me propose de le faire avouer. Je me retrouve dans une pièce, a quelques centimètres de lui, entourés de 2 policiers, il me sourit et me dit « pourquoi inventes tu de telles histoires? tu veux de l’argent????? ».
Malgré la douleur qui me ravage je m’accroche à son regard, je suis à quelques centimètres de lui, je ne lâche pas, portée par l’insupportable douleur de ce qu’il a fait à ma fille, je l’affronte….mais rien…..les policiers me font signe qu’il n’y a plus que 2 heures avant sa liberté. Je leur demande de nous laisser seuls, quelques instants….Il est assis, je me lève et je colle mon front contre le sien, je ne lâche pas son regard, et je lui raconte tout ce qu’il m’a fait : tu peux leur mentir, mais à moi, tu ne peux pas ! je le serre de toutes mes forces je cogne ma tête contre la sienne…il se met à pleurer….il est replacé dans sa cellule, et avoue quelques minutes plus tard….Il avoue pour mon enfant…..mais il sait que dans mon cas, il est bien protégé par la loi de prescription , alors il n’avoue pas, bien que la police croit en le fait que j’ai aussi subi ces horreurs.
Un an plus tard, il sera condamné à 15 mois de prison, dont 9 avec sursis pour avoir exercé une atteinte sexuelle avec violence, contrainte, menace, surprise, sur mineure de moins de 15 ans…..Dans l’ordonnance du tribunal de grande instance rédigée à l’issu du procès, il est écrit noir sur blanc :
 » Le 26 juillet, Cxxx révélait à sa grand-mère le comportement de HP…confidences qu’elle renouvelait auprès de sa mère qui affirme avoir été victime de faits similaires une vingtaine d’années auparavant de la part du même homme. Bien que les déclarations de la mère de l’enfant laissent peu de doutes quant à la véracité de ses affirmations, la loi de prescription ne permet pas aujourd’hui de porter ces faits devant un tribunal. Seuls les faits concernant C….ont pu être retenus…
6 mois de prison ferme pour un double meurtre…..il m’a tuée 2 fois, et je n’ai pas le droit à la parole…..VOILA LES DEGATS DE LA LOI DE PRESCRIPTION !

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.