Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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80. Sylvia

Je m’appelle Sylvia, j’ai 25 ans.

Ma mère a quitté mon père, un homme alors dangereux, quand j’avais 4 ans. Elle s’est littéralement enfuie, nous emmenant ma sœur et moi vers des jours meilleurs. C’est à cet instant que cet homme est entré dans nos vie.

De ses activités d’escroc et de voyou, ma mère savait tout, mais en endossant un rôle de héros et de sauveur, il nous promettait de nous protéger et de nous rendre enfin heureuses. Nous avions très vite une totale confiance en lui, ma sœur et moi l’appelions rapidement « papa ».

De son passé, de la première famille qu’il avait eu, nous savions peu de choses, mais une histoire terrible semblait s’être produite. Peu à peu, le « sauveur » qu’il était se montrait colérique, égoïste, il frappait dans les portes et cassait de la vaisselle. Nous commencions à en avoir peur. Ma mère ne nous touchait jamais, et souhaitant tenir son rôle de père de substitution, il nous infligeait des corrections que nous redoutions: des fessées « cul-nu » d’une violence injustifiable.

Du mieux que je me souvienne, j’étais âgée de 9 ans quand il a commencé à me toucher. Il profitait de l’absence de ma mère, pendant des trajets en voiture pour aller et revenir de l’école, ou du supermarché. Il me faisait passer du coté passager, et profitait des moments ou je m’endormais, parfois je ne faisais que somnoler. Ces caresses étaient faites sur mes vêtements, sur mon sexe ou ma poitrine. Je le repoussais parfois d’un geste, ou me retournais pour me dégager de ses mains, mais il revenait toujours.

Notre entourage l’appréciait, il était agréable et drôle aux yeux de tous, les enfants l’aimaient et lui faisaient confiance. Il a su tromper tout le monde, en escroc qu’il était. Il profitait de l’inattention de ma mère: des moments de chahutements, où les gestes devenaient subitement déplacés, des discussions étranges durant lesquelles il me lançait « si j’avais eu ton âge, je serais immédiatement tombé amoureux de toi! », il parlait sodomie avec ses nièces, donnant des cours de catéchisme dans mon école, il parlait aisément de sexe avec mes camarades.

Quand j’ai eu 11 ans, j’ai commencé à développer une véritable allergie à cet homme. A l’entendre simplement parler ou manger, mon corps se couvrait de plaques rouges, et chaque parcelle de mon corps me démangeait! Ma mère à redoublé d’efforts pour m’apaiser, restait à mon chevet tous les soirs pour me détendre et m’aider à dormir. Il est arrivé qu’il décide de la remplacer. J’ai commencé à faire de violentes crises de somnambulisme, et mon état nerveux empirait: au yeux de ma famille, j’étais juste une adolescente capricieuse et colérique.

Les souvenirs n’ont que faire du temps et de l’espace: mais dans cette mécanique du cerveau: il y a des événements qui restent extrêmement clairs. Il décidait un jour de n’emmener sur son lieu de travail; j’avais 11 ans et nous étions resté très complices. Ce jour là, il me voulait rien que pour lui. Une fois seuls dans la camionnette, il tenta de me persuader de le laisser me toucher. Je refusais: il me répondait qu’il était triste de voir que je n’aimais pas mon papa, que les caresses c’était normal quand on aime, que tant qu’il y a de l’amour, rien n’est sale..
Il finit par me proposer de l’argent: « regarde : une caresse : 1 euro! Tu pourras t’acheter tous les bonbons que tu veux ». A force de persuasion, j’ai fini par accepter. Comment une enfant qui a peur de son père biologique peut-elle connaitre l’attitude que doit tenir un père « normal ». Cet événement a été terrible: je l’ai laissé faire, et j’ai détesté, il ne voulait plus s’arrêter. J’ai finit par hurler « je vais le dire à maman ». En stoppant instantanément son geste, il m’a fait comprendre que c’était mal.

Une assistante sociale venait tous les mois pour contrôler notre « stabilité » familiale. J’ai choisis ce jour là pour sortir du silence. Je n’ai pas su comment m’adresser à elle. J’ai fait passer un mot à mon « père de substitution » (appelons le B.) sous ses yeux : je lui rappelais l’événement survenu dans cette camionnette. Elle demanda alors de quoi il s’agissait ; il froissa nerveusement le mot : « Rien. C’est un jeu entre nous ».

J’ai su que je devais parler à ma mère. Encore une fois, je n’ai pas su comment. Le soir même, une violente crise de démangeaisons m’empêcha de finir mon repas. Pensant à une simple crise de nerf, ma mère vint pour m’administrer une punition. Je lui ai simplement tout dit.

Ma sœur qui était entrée dans notre chambre, entendit ma confession: elle fondit en larme. Nous comprenions qu’elle était elle aussi victime d’attouchements sexuels.

Après concertation, ma courageuse mère décida de respecter notre désir de trouver la tranquillité. Nous avions déménagé plus de 27 fois depuis que nous avions quitté notre père, tribunaux, experts et assistantes sociales. Nous avions littéralement peur de la justice et ne voulions pas avoir à nous confier à des inconnus (à nouveau). Elle l’a fait sortir de nos vies.

Six ans plus tard, une lettre de la gendarmerie de ma ville m’invitais à venir témoigner contre Monsieur B. A cet instant j’étais prête à parler. Je découvrais alors que cette lettre émanait d’une procédure lancée par l’ex compagne de B.
Il avait violé régulièrement et pendant plus de Vingt ans ses quatre filles biologiques. Pour elles, il y avait prescription. Ma soeur accepta malgré sa profonde aversion pour les tribunaux et la justice. Entre elle et moi depuis l’entrée de B. dans nos vies, quelques chose s’était brisé.

Je n’ai jamais su ce qu’il lui avait fait. Grâce à cette démarche, j’ai découvert qu’elle avait cherché à me protéger en cédant au chantage de B. Elle me demandait de sortir lors de ses déclarations pour le procès à huis clos. Nous ne sommes plus du tout en contact depuis les Assises.

Cette démarche a été longue et traumatisante. Trois ans de démarches d’une violence morale inouïe. Notre rapport aux hommes ne sera plus jamais le même. Notre relation de soeurs ne sera plus jamais la même. Il fut condamné à 13 ans avec sursis. C’est ridicule. Notre traumatisme à nous toutes restera jusqu’à la fin. Nous n’avons pas toutes repris le contrôle de notre corps. J’ai moi même mis un temps fou à comprendre que je n’étais pas fautive. C’était moi l’enfant. Lui l’adulte pervers.

Je sais de source sûre qu’il a continué ses agissements. Et il recommencera en sortant. Cet homme est un prédateur, un escroc qui trompe le monde.

Je pense sans cesse au jour où sa condamnation prendra fin. A qui s’en prendra-t-il?

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués. »