Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

À ce jour
0
0
1
6
6
personnes
ont témoigné
Brisez votre silence
TÉMOIGNEZ ICI !
135. Sash

Moi, Sash, 28 ans, j’ai été abusée sexuellement par mon cousin alors pré-ado, lorsque j’avais entre 5, 6 ou 7 ans. Difficile de trouver les bonnes dates.

Les souvenirs que j’ai sont très peu nombreux et je ne me rappelle pas y avoir beaucoup pensé étant enfant. Je sais juste que l’information sortait parfois, sans prévenir. Avec une amie de maternelle ou CP par exemple, alors que nous étions près d’une cabane où mon cousin m’avait forcée à lui faire une fellation, envoyant mon frère « monter la garde » dehors. Je pouvais dire alors que « mon cousin me faisait faire des jeux dans cette cabane », persuadée que mon amie comprenait, ce qui n’était bien sûr pas le cas. Avec une autre amie en CM1 qui parlait de viol avec sa cousine, je m’étais étonnée moi-même de dire d’un coup « moi aussi j’ai été violée », et de fondre en larmes. Lorsque sa mère m’avait ensuite questionnée, j’avais répondu avoir menti. En dehors de ce genre de déclarations spontanées, c’était très verrouillé.

Je pense maintenant que la façon dont l’information sortait à l’époque était plus naturelle que par la suite. Plus clairvoyante. Car il n’avait « que » 6 ans de plus que moi, et qu’en grandissant, pendant des années, je ne trouvais pas que c’était assez pour parler de viol, ou même d’abus. Il m’arrive encore d’imaginer comme les choses auraient été plus claires s’il avait été plus âgé. Je cherche parfois la meilleure « combine » qui illustrerait selon moi l’importance de ces faits comme je les ressens. Je préfère la combinaison de moi en CP, et de lui en 5ème. Parce que j’ai commencé à regarder les jeunes de 13 ans, et ce sont déjà de petits ados. Mais en réalité, j’avais peut-être 5 ans et lui 11, et dans ma tête, c’est moins impactant. Je préfère 7 et 13, voilà comment le cerveau peut fonctionner quand vous ne rentrez pas dans la case des abus sexuels comme on vous les raconte dans les films.

J’ai beaucoup blâmé les actes de mon cousin à l’adolescence. Je n’arrivais pas à vivre le couple de la même façon que les autres, j’avais beaucoup de petits copains en me forçant pour tout, ce qui me faisait beaucoup souffrir. J’ai arrêté d’un coup de sortir avec des garçons, comprenant que « s’acharner à essayer » ferait plus de mal que de bien. Je me suis aussi dit à ce moment-là que rien n’est lié à un seul événement, et d’un coup, j’ai arrêté de donner de l’importance à cette histoire. Totalement. J’ai vécu ce moment comme une libération qui m’a fait beaucoup de bien pendant des années.

Depuis 10 ans, j’étais absolument persuadée que ces souvenirs étaient des détails dans ma vie. je « m’en foutais complètement ». « Si c’est grave, tant mieux, ça m’arrange, mais c’est rien du tout. » C’est ce que je disais à ma partenaire quelques mois encore avant d’y voir plus clair.
Je suis en couple depuis trois ans avec quelqu’un qui a toujours été claire sans jamais me brusquer, pour elle, ces souvenirs ne sont pas des détails. Et pendant ces trois ans, de petites choses sont arrivées, un nouveau souvenir est remonté, des réactions étonnantes de panique alors que ma nièce se trouvait seule dans une chambre avec mes neveux…etc. Toujours de façon totalement imprévisible dans ce quotidien où je n’y pensais presque jamais.
Je suis convaincue qu’inconsciemment, j’ai commencé à baisser la garde au contact de ma partenaire qui me montrait qu’elle était là, prête à me prendre au sérieux quand, exceptionnellement, ces souvenirs me faisaient pleurer.

Il y a 6 mois, j’ai décidé d’en parler pour la première fois, clairement. Pas en me confiant au détours d’une conversation, mais en prévenant : « je vais te raconter quelque chose ».
Ce n’était pourtant pas un secret pour moi, j’avais l’impression de pouvoir en parler à qui voulait, mais personne ne voulait. J’attendais que quelqu’un me pose les questions, et rien ne venait. Pendant des années. J’étais convaincue que tout le monde trouvait ça aussi risible que moi et étais confortée dans cette idée puisque personne ne m’avait jamais demandé plus d’informations après de brèves allusions.
Finalement, je n’avais jamais raconté les faits en détails à qui que ce soit avant mes 26 ans. J’ai réalisé plus tard que la pudeur nous fait rater bien des choses.

Après en avoir parlé, le travail à commencé et j’ai soudain pensé que c’était peut-être en n’accordant aucune importance à cet épisode que je me trompais. Car il y a toujours des histoires terribles qui vous font annuler ce que vous avez vécu, qui n’est « rien en comparaison ». Encore ici, je trépignais à l’idée de lire un témoignage où l’auteur des abus serait si jeune.
Mais rien n’est comparable et il faut se faire confiance et je veux me traiter avec respect en m’autorisant à parler.

Arrêter de regarder les faits et uniquement les faits, pour avoir une vision plus globale de la petite fille que j’étais a été une source de soulagement. Car j’arrive à affirmer que c’est une souffrance pour une enfant de grandir en étant persuadée que sa mère sait et la trouve dégoûtante.
C’est vers 20 ans que ma mère m’a dit qu’un voisin avait retrouvé sa fille sans culotte avec mon cousin, plus âgé qu’elle. Il était parti en hurlant : « garde les couches à ta fille le plus longtemps possible ». Alors que ma mère me racontait cet épisode en rigolant, j’ai compris qu’elle n’était au courant de rien. Ce qui m’a fait réaliser que j’étais convaincue qu’elle savait, ce dont je n’avais plus conscience tant les choses était verrouillées dans ma tête. J’ai compris que mon frère qui jouait avec mon cousin et moi n’était au courant de rien il y a quelques mois seulement.

Je prends ce temps pour raconter mon histoire parce qu’elle n’est pas à minimiser. Parce que pendant longtemps j’ai été moi-même dans une logique de hiérarchie entre les différentes histoires et que j’aurais pu être de ceux qui ne trouvent pas que toutes les expériences sont légitimes.
Je suis convaincue que penser ainsi est une fausse route dramatique et que la prévention est nécessaire. Un enfant abusé reste un enfant abusé, que l’auteur des attouchements soit enfant, ado, adulte. Un enfant abusé reste un enfant abusé, qu’il soit pénétré ou non.

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.