Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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94. Magalie

Je m’appelle Magalie, j’ai 43 ans et j’ai été victime d’inceste entre l’âge de 8 et 12 ans, d’un père alcoolique. A 8 ans suite au divorce de mes parents, j’ai basculé d’un coup, dans un monde d’adulte glauque ou régnait la peur, le chaos, la déchéance et le silence.
J’allais tous les 15 jours chez mon père, durant les week-end et pendant les vacances. Ma mère a quitté mon père parce qu’il buvait et qu’il était violent. Cela ne lui posait à priori aucun problème de me laisser seule avec lui, durant plusieurs jours d’affilé.
Mon père était dépressif, autodestructeur et pervers. J’étais sa chose, il me prenait davantage pour sa femme, voire sa mère, que pour sa fille. Il pleurait sur la séparation avec mère, menaçait de se suicider, ne mangeait quasiment pas et se détruisait à petit feu avec l’alcool et la cigarette…En ce qui me concerne il me demandait de le « réconforter». Il me faisait du chantage affectif. Il disait à qui voulait l’entendre que j’étais l’amour de sa vie, la chose la plus importante à ses yeux, « qu’il ferait tout pour moi ».
Quand je venais le voir, nous dormions dans le même lit, il me disait ne pas pouvoir dormir seul, je devais être gentille, car il était triste. J’étais apeurée, tétanisée mais l’idée de lui faire de la peine m’était insupportable. J’avais l’impression que si je ne satisfaisais pas ses désirs, il allait mourir.
Je me souviens du noir, de la peur, j’avais l’impression que plus aucun son, ne pouvait sortir de ma bouche. Je me souviens de sa peau contre moi, de son odeur, de son souffle imprégné d’alcool….. je me souviens du soulagement une fois qu’il s’endormait espérant que le lendemain serait différent. D’un autre côté j’avais peur qu’il ne se réveille pas et je mettais ma tête contre sa poitrine pour vérifier que son cœur ne s’était pas arrêté.
Régulièrement il voulait que l’on prenne un bain ensemble. Cette perspective était pour moi un mélange de plaisir, « nous allions jouer dans l’eau » mais toujours suivi d’un sentiment de mal être car je savais qu’il y avait quelque chose de mal. Nous n’avions pas le droit.
A cette époque, à travers mes yeux d’enfant, mon père était un dieu, je m’inquiétais pour lui, j’avais de la peine, je culpabilisais, j’avais l’impression que mon amour pour lui n’était pas suffisamment fort puisqu’il n’avait plus envie de vivre. Je comptais les jours pour le revoir. J’avais le sentiment qu’il m’aimait et je me sentais investie d’une mission importante.
Plus tard , vers 17 , 18 ans, mon père faisait en sorte de rentrer systématiquement dans la salle de bain quand je prenais un douche. J’étais mal à l’aise, je me sentais glauque et sale. Un jour j’ai fini par fermer la porte à clé, coupable du fait de penser qu’il pouvait avoir des idées derrière la tête. Chaque mois, si par malheur, il savait que j’étais indisposée il en parlait devant les gens, il me disait que je sentais.
Physiquement, j’ai déclenché une maladie chronique au niveau des intestins à l’âge de 20 ans, j’ai fait 3 infections du rein, j’ai en parallèle multiplié les infections urinaires pendant des années et subi 2 interventions au niveau de l’utérus ces dernières années.
Niveau affectif, les relations « amoureuses » ont été toujours été compliquées pour moi.
J’ai cumulé les rencontres, je n’arrivais pas à m’engager, j’étais ou un objet sexuel ou une infirmière.
Je pleurais à chaque rapport sexuel, j’avais l’impression de revivre un viol à chaque fois. De commettre une faute grave, de ne pas me respecter, de me faire du mal et d’être une mauvaise fille.
Il m’était impossible de faire confiance à un homme et de croire que je pouvais être aimée pour ce que j’étais et non pas seulement pour mon physique. Je leur en voulais, je les voyais comme des prédateurs dont j’étais la proie qu’ils détruisaient à petit feu. La solitude a longtemps été pour moi un refuge, plus accueillant et supportable qu’une relation de couple.
A 33 ans, j’ai fait la rencontre d’un homme, dont je suis tombée éperdument amoureuse. « Bien sous tous rapports en apparence », cette personne s’est révélée être un pervers narcissique. J’étais complètement sous son emprise. Il me manipulait, me rabaissait, je n’avais plus aucun recul sur la situation et perdait complètement confiance en moi. En parallèle, au niveau professionnel, j’étais victime de harcèlement sexuel de la part d’un supérieur hiérarchique.
J’ai pris alors conscience que je devais générer quelque chose, pour me retrouver dans ce type de situations. J’ai donc décidé de reprendre une thérapie après quelques années d’arrêt.
C’est alors que pour la 1ère fois, le souvenir de ce qui s’était passé avec mon père est revenu à la surface. Pour la 1ère fois j’en parlais à quelqu’un, pour la 1ère fois j’avais l’impression de mettre un mot sur cette chose qui a toujours été en moi, dont je me sentais coupable, qui me salissait, me rabaissait, m’empêchait de faire face et faisait que j’étais une éternelle victime.
Aujourd’hui je réalise à quel point, le comportement de mon père a influencé mon parcours et à quel point j’ai agi en fonction du passé, ancrée dans mes peurs, avec une perception déformée de la réalité.
J’ai un jour voulu faire part à ma mère de ce qui s’était passé, mais elle n’a pas voulu entendre, elle a fait comme si elle n’avait pas compris, comme si cela n’avait pas d’importance.
Aujourd’hui encore, elle fait comme si cela n’avait jamais existé. Elle ne veut pas reconnaitre ce que j’ai vécu et donc qui je suis, puisqu’à jamais cette histoire fait partie de moi. J’ai longtemps cherché par tous les moyens à attirer son attention, faire en sorte d’être la plus conciliante et respectueuse possible pour me faire aimer d’elle et exister dans son regard pour ce que j’étais mais j’ai compris aujourd’hui que je dois faire le deuil de sa « reconnaissance ».
J’ai toujours eu l’image de la fille gentille, sociable, trop sensible…. Aujourd’hui encore j’ai beaucoup de mal à sortir de ce statut de victime, à accepter les conflits et à arrêter d’arrondir les angles pour ne pas déplaire, à arrêter de supporter. La peur de ne pas être aimée, si je suis moi, est encore très présente.
Mais je n’ai plus envie de jouer un rôle, j’ai envie d’être moi tout simplement, d’être capable de me mettre en colère, de me faire respecter, de mettre des limites sans crainte de ne pas être « aimable », sans crainte de décevoir….
Le chemin est long, pour restaurer et réparer jour après jour, pour aller vers ce qui est bon pour soi mais cela vaut la peine.
Je suis aujourd’hui en couple, heureuse d’aimer et d’être aimée pour ce que je suis vraiment et souhaite à chacune d’entre vous mesdames de l’être malgré et avec vos histoires respectives, en pleine conscience et dans le respect de votre ETRE.

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.