Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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39. Joëlle

 

Moi, Joëlle B, 61 ans. A 12 ans j’ai vécu l’inceste avec mon père pendant que ma mère était à la maternité pour la naissance de ma soeur. (j’étais jusqu’alors fille unique)
Il n’y avait pas de brutalité, mais séduction et emprise. J’ai pu refuser la fellation (rebutée par l’odeur) mais pas le cunnilingus.
Au bout de quelques jours j’ai voulu en parler à ma mère qui m’a répondu : Je sais. Papa m’a tout dit. Tu avais tout fait pour ça.
Mon père était quelqu’un de très apprécié, il rendait service à tout le monde et était très discret. Perfectionniste aussi, maniaque. Son frère jumeau était, lui, un vrai trublion et prédateur de petits garçons : il séduisait les mères pour qu’elles lui confient leurs fils. Il a ainsi vécu avec de jeunes garçons, seul adulte dans sa maison bâtie dans le même terrain que celle de mes parents. Impossible de ne pas savoir. Mais OMERTA !
42 ans après les faits, je me suis décidée à travailler sur le sujet : j’ai enfin osé en parler à mon mari, puis j’ai entamé une psychothérapie. J’ai organisé des discussions avec mon père. Il a toujours reconnu ce qui s’était passé, mais ce n’était pas si grave. Et j’en étais l’entière responsable. J’aurais jamais fait ça si tu ne m’avais pas dit certaines choses.
Quand j’insistais sur le fait que lui, l’adulte, il aurait dû savoir que c’était interdit, la réponse était qu’à cette époque, on pensait qu’il valait mieux faire l’éducation sexuelle des enfants à la maison, pour les protéger de l’extérieur, et puis Mai 68 (on était en 66!), etc…
Quant à son frère, il n’avait pas fait tant de mal que ça !
J’ai découvert l’enchaînement de situations incestuelles, maltraitantes, désorganisatrices dans ma branche familiale paternelle, aggravées par l’occupation nazie de Paris. Ma grand-mère paternelle était allemande (elle se disait Alsacienne), elle tenait un restaurant où les Allemands aimaient venir car là on les comprenait. Aggravées également par la primo-infection de mon père, alité de 5 à 10 ans sans pouvoir bouger, plâtré et sans occupation autre que d’attendre que le temps passe, privé de sa famille. A son retour il a dû réapprendre à marcher, a appris le décès de son père, puis est parti 1 an dans la famille en Allemagne car il gênait sa mère qui n’avait pas le temps de s’en occuper. On lui a fait porter le prénom de son père : de Louis il est devenu Marcel. Son dos était resté déformé. On l’appelait « le bossu ». Et cerise sur le gâteau : sa mère s’était remariée avec un Auvergnat, colérique, jaloux et alcoolique… et  résistant ! Qui a maltraité mon père et mon oncle. Où était le bien ? Où était le mal ?

Je témoigne de la difficulté à faire le tri entre ce qui est socialement acceptable et ce qui ne l’est pas, quand l’abuseur est quelqu’un qui a souffert, qui ne ferait pas de mal à une mouche, en qui on a toute confiance. Quelqu’un d’assez immature pour qu’on le félicite de savoir se mettre au niveau d’un enfant. Un père qu’on aime, qui ne sait rien refuser, apprécié par tout l’entourage.
L’inceste ne s’est pas reproduit, ni avec moi, ni avec mes soeurs, ni avec d’autres (à ma connaissance). Il y a eu ensuite 2 sollicitations de sa part envers moi qui n’ont pas abouti. (exhibitionnisme et tentative d’attouchements.)
Je témoigne aussi de la difficulté à être crue : pour l’entourage j’étais forcément menteuse, la révélation était de l’ordre de l’inimaginable ! Ses réactions ont renforcé l’idée que celle qui n’allait pas bien c’était moi, alors s’est insinuée l’idée d’être folle, malsaine, irrécupérable. Et quand j’ai essayé de casser cette image, preuves et écrits professionnels à l’appui, j’ai été jugée pervertie par le choix de ces lectures. La famille a fait bloc contre moi pour ne pas se remettre en question.
Et pourtant : j’ai eu du brouillard dans la tête pendant 42 ans, des périodes dépressives, des addictions (tabac et alcool) et des problèmes de communication. La famille savait me le reprocher ! Manque d’estime de soi, manque de confiance en moi… et on continue encore aujourd’hui de me coller une étiquette d’être sulfureux, sale, et responsable de tout ce qui ne va pas dans cette famille.

Mon père (décédé il y a 2 ans) ne m’a jamais demandé pardon. Mes soeurs ne m’ont pas adressé la parole pendant 4 ans. Ma mère a enfin cessé ses remarques désobligeantes sur mes activités associatives, mes cigarettes et mes lectures. Mais elle vieillit tristement.

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.