Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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29. Isabelle

Moi, Isabelle, je tiens à apporter le témoignage suivant :

Le cousin germain de mon père a été soupçonné dans deux affaires de viols avec meurtres ; cet individu travaillait dans une entreprise de travaux publics à l’international ; il avait été condamné à mort en Arabie Saoudite pour viol ; son patron l’avait rapatrié pour lui éviter le supplice.

Le premier meurtre a eu lieu en 1966 à Toul (meurtre de la ferme du Mordant), il avait été soupçonné.

Le second, en 1969. Ce cousin venait à notre domicile tous les soirs, sauf ce soir-là. La jeune fille avait 16 ans ; elle était l’amie de ma cousine maternelle ; elle venait souvent au magasin de ma grand-mère en centre-ville, lieu où elle aurait pu le rencontrer.

Cette jeune fille est morte, violée, étranglée, brûlée vive dans l’ambulance qui l’a conduisée aux urgences à Nancy.

Notre cousin a été arrêté et interrogé par la police ; ceci signifie qu’il y avait certainement des plaintes classées sans suite.

Quelques jours plus tard, sa femme a retrouvé le foulard qui avait servi à étrangler la jeune fille ; il a tenté de tuer sa femme ; puis il est parti avec elle et sa petite fille au Maroc. Sa femme est parvenue à s’enfuir grâce à la complicité d’un Marocain.

Il est revenu à l’été 1971. Je venais juste d’avoir 11 ans ; j’étais seule chez ma grand-mère maternelle ; mes parents connaissaient son vice ; il aimait les petites filles.

A la maison, quand il venait, jamais ma mère ne me laissait seule avec lui. Pourtant, cet été-là, personne n’a laissé de consigne à ma grand-mère. Quand il est venu me prendre à la ferme, j’ai refusé de partir avec lui, car je savais. Ma grand-mère m’y a obligée me disant que cela ne se refusait pas à un cousin d’aller chez lui pour jouer avec sa fille.

Une fois sur la route, au lieu de se rendre en ville, il a pris le chemin de la forêt. Il a tenté des attouchements. J’ai refusé et Je l’ai menacé de tout révéler à mon père, qui sans aucun doute l’aurait tué.

Il a répondu alors que mon père irait alors en prison et que je serais responsable de cet état de fait ; je lui ai dit que je parlerais car je savais qu’il était coupable pour la jeune fille ; il a alors sorti le bidon d’essence de sa voiture ; j’ai couru autour du véhicule, tout en parlant ; je lui ai démontré que cette fois-ci il commettait des graves erreurs : ma grand-mère savait que j’étais partie avec lui ; il y aurait des rapprochements avec les fois précédentes, que pour le coup, ce serait lui qui irait en prison.

Cela m’a sauvée. Il s’est calmé, a remis le bidon d’essence dans le coffre et m’a ramenée chez ma grand-mère. J’étais sous le choc, tétanisée. Je suis rentrée décomposée. Ma grand-mère et sa soeur étaient présentes et ne se sont pas interrogées.

Au 15 août, quelques jours après, j’ai demandé à ma mère de rentrer à son domicile et ne plus être seule chez ma grand-mère. Ma mère a refusé sans me demander la raison de cette requête.

J’ai été laissée, seule à ma peur et à mon traumatisme.

Cette scène est toujours présente. On n’oublie jamais mais on parvient à se construire autour de la mort en passant par la mort qui ne veut pas de vous.

Alors, on cherche un sens à la vie et à la vivre pleinement.

J’ai envoyé à la police récemment un témoignage, car je ne voulais pas que cette histoire soit oubliée. La lettre a été classée sans suite, alors qu’il y a encore aujourd’hui des parents qui pleurent une fille et que ce témoignage aurait pu leur donner un nom à l’horreur.

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués. Ils se sont déroulés début août 1971.