Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

À ce jour
0
0
1
7
2
personnes
ont témoigné
Brisez votre silence
TÉMOIGNEZ ICI !
79. Dus

J’avais à peine dépassé l’âge de raison que voilà, j’avais un secret. Un secret que je n’osais avouer à qui que ce soit, même à celle qui m’a mise au monde. Je pense même que la première personne à qui j’ai réussi en parler est ma meilleure amie. On était dans la cuisine de mon ancien appartement. Parler de choses bien trop graves pour notre âge mais calmement.

Je me vois encore assise à côté de ma mère, seule dans cette cuisine, essayant de parler, en fixant mes genoux ou mes pieds et dire: «J’ai un secret».
«Tu veux me montrer avec des poupées ?» Ma mère n’est pas bête.
«Non». Qu’est ce que c’est gênant. Je préfère largement utiliser mes mots. De loin. Mais aucun mots ne sortent.

Ensuite, c’est ma soeur qui est venue me voir. Je me souviens de la chambre de mes parents, nous deux seules. Elle, elle se souvient qu’on était allé dans un café, qu’elle m’avait offert un chocolat chaud. Ca lui fait encore bizarre de me voir si petite dans un café où elle fumait ses cigarettes et parler garçons avec ses amies. A elle, j’ai réussi à parler.
Je ne sais plus ce que je lui ai dit dans les détails, mais aujourd’hui je me souviens encore des mêmes choses. Aucun souvenir n’a changé. Les quatre même. Pas plus, pas moins.

Quelques mois avant d’avoir parlé à mes proches, j’étais en vacances avec ma famille, mes frères et soeurs, mes cousins. J’ai un cousin qui a dix ans de plus que moi, un ayant dépassé la majorité en toute logique. Je me souviens que je dormais encore dans un grand lit à barreau blanc dans la chambre de mes parents. Ils me laissaient dormir le matin quand ils allaient prendre leur petit-déjeuner. Un matin, j’ouvre les yeux, mon cousin au dessus du lit se penche pour me prendre dans ses bras. Je vois la scène comme filmée de l’extérieur. Il sort de la chambre, me porte et m’emmène au fond du couloir. TROU NOIR.
Je me balade dans la campagne environnante. Mon cousin me prend par la main et me dit de le suivre pour aller dans la maison quand tout le monde est dehors, un café au bord des lèvres, enfourchant un vélo ou bronzant tranquillement. Je ne sais pas ce qui se passe dans ma tête. Je le suis. Une fois assis sur un matelas, il me caresse la cuisse, la tête et, je le pense vraiment, il ouvre sa braguette.
TROU NOIR.
Je ne suis plus en vacance avec mes cousins. Nous sommes venus fêter Noel chez eux peut-être. Il m’amène dans une chambre. J’ai peur, je suis mal à l’aise. Je ne dis rien. Je regarde par terre. Il ne veut pas me faire de mal. Il me caresse le dos et une cuisse.
TROU NOIR.
Mon dernier souvenir est celui où j’ai compris que c’était fini. Un déjeuner de famille chez moi, enfin chez mes parents, je suis une enfant. Je me souviens faire le tour de l’appartement en courant et me rendre compte en arrivant dans ma chambre, le souffle court que, c’est bon, c’est le soulagement : il a une manette de jeux vidéos entre les mains et les yeux obnubilés sur l’écran, peut-être même qu’il rigole avec mes frères.

Alors, voila, j’avais un secret trop lourd à porter seule pour une enfant. Pourtant, beaucoup d’entre celles qui ont été harcelés sexuellement n’ose pas l’ouvrir. Par honte, par peur, mais aussi pas peur d’être déçue des réactions de leur proches. Peut-être certains pense qu’il n’y a eu qu’en réalité des caresses sur une cuisse de petite enfant et que j’ai tout mal interprété mais si même une enfant de 8 ou 9 ans, dont les connaissances sexuelles sont nulles, le ressent, le décrit comme un «secret» et est emparée par la gêne pour l’expliquer, alors je pense qu’il faut s’y fier, non ?

Je remercie ma soeur qui m’a poussée à ne pas m’enfermer derrière un mur de silence et de n’avoir jamais eu honte par la suite de cette expérience. Je n’ai rien fait, il était dérangé et peut-être l’est toujours et je n’ai pas à m’en vouloir. On va me dire que je portais une robe trop courte à 8 ans? Ha, c’est vrai que la collection Martine a été édité avec des jupes plus longues…
Je pense que pousser les enfants à en parler le plus vite possible peut vraiment les aider. A s’accepter, eux et leur corps qui a «causé» cette sale expérience, leur sexualité remise en question pendant toute l’adolescente, voir encore après malheureusement. Oui, si le harcèlement sexuel consistant en des caresses (et rien de plus, j’espère!) est bien moins pire qu’un viol, il n’a pas pour autant aucune conséquences sur la personnalité, les croyances, le caractère et la sexualité de sa victime.
Je me souviens de nuits, où bien trop proche de mes envies, et si jeune, je pourrissais celui qui pour moi, était la cause de mon imagination débordante qui m’écoeurait.

«Je ne suis pas dégueulasse, c’est toi qui m’a mis face à ma sexualité bien trop tôt. Ce n’est pas naturel».

Heureusement, certains et rares mecs m’ont dit que j’avais le droit d’avoir une libido fulgurante et d’aimer toute choses au lit. Bien évidemment, ils étaient de ceux qui couchaient avec moi mais au final je suis heureuse de l’avoir entendu.
Il se trouve que cette imagination appartenait aussi à des gens qui n’avait rien vécu de tel. Alors, j’étais heureuse d’en accuser un autre quand eux n’avait que leur conscience.

Bien que je pouvais l’accuser dans ma tête de toute mes forces, le matin, je tentais d’oublier, je me murais dans le silence entre moi et moi-même. Jusqu’à ce qu’avec les années, je me rende compte que ma libido prenait une place trop importante pour mon éducation genrée et catholique. Si, en tant que fille, je prêtais beaucoup, voir trop d’attention au sexe du haut de mes 13 ans alors, je le verrais comme un atoût, une qualité, une ouverture d’esprit quitte à choquer des gens !

Je ne pouvais m’arrêter d’apprendre tout les termes sortant de la bouche de mon frère:
«Ca veut dire quoi en rut?»
«Je veux lire les Lanfeust!»
«S’il t’énerve, dis à ton frère que c’est un éjaculateur précoce!»
Hahaha, celle ci, j’avais 11 ans !

J’en jouais. Je me prouvais que j’étais en avance, et que par conséquence, ce n’était pas moi qui fallait remettre en question mais le reste du monde. Notamment mes amies, qui lors d’une pyjama party, se sont demandés: « En fait, quelqu’un s’est déjà masturbée…? »
Haaaa.. la soirée pyjama, on a 13 ans, on est allongé sur le grand matelas en commun, toutes en cercle, l’oreiller entre les mains, au niveau de notre poitrine à peine naissante, bien que la mienne soit développée avant celle de tout le monde ou presque…
«En fait, quelqu’un s’est déjà masturbée…?»
Même celle qui a posé la question en rougit. Tout le monde rit jaune et répond que non, c’est dégueulasse! Et moi, toujours dans la théâtralité, j’ attends le bon moment pour lancer mon pavé avec écrit sexe dessus dans la mare:
«Moi si.»

Quand on s’assume, un jour ça paie. Peut-être pas le lendemain, mais un jour, ça paie. A ce moment-là, j’ai assumé et elles ont toutes bafouillées, ça me fait encore sourire. Elles ont arrêté de rire et ont dit que chacune faisait ce qu’elle souhaitait. On a changé de sujet je crois.

Je pense avoir gêné des gens dans ma vie, et aujourd’hui, je m’en excuse. Oui, il le faut, car si ma découverte de la sexualité m’a paru particulière, chacun à sa façon de le faire, et plus d’un à dû être mis mal à l’aise, par mes mots crus, mes seins que je dévoilais en soirée et ainsi l’écart qui se tapissait entre nous devait les rendre tout aussi paumés que moi. Ce qui fait peur, c’est d’être trop en retard ou trop en avance. Tout est possible. Ne l’oubliez pas, il existe peut-être une moyenne, mais aucun niveau est le mauvais: assumez le et respectez celui de l’autre.
C’est aussi simple que ça! Pourtant, si un mec en retard va être jugé et se faire traité de tapette ou de puceau, une fille en avance ou qui couche beaucoup sera une salope. Oui le sexisme bien connu et le sexisme anti-mec existe. Malheureusement, je pense avoir une légère appréhension face aux garçons qu’on peut voir comme «coincé» car je pense qu’il vont me juger. La meilleure défense c’est l’attaque ! Enfin, bref c’est stupide.

Si je vous raconte tout ça, c’est pour vous dire, qu’une expérience qui a duré peut-être peu de fois et peut avoir l’air que de caresses qu’on fait à un p’tit chaton a d’énormes impacts. Ce n’est pas à minimiser, bien que je ne me considère pas comme traumatisée. Non, j’ai vécu avec, et je peux en parler autour d’un café avec mes amis. Pourtant, quand je sais que j’en ai parlé à mes proches et qu’elles ne l’ont elles-même pas répété aux garçons du groupes, je me dis… Alors voila ce qu’on appelle un sujet tabou ?

Le sujet tabou… Tout le monde est au courant, les gens te regardent dans les yeux mais évitent toute allusion, ne comprend pas les références, font l’autruche. C’est un sentiment très bizarre.

«Holala, j’ai commencé le livre Lolita, j’ai pas pu.. Clairement je l’ai déchiré et brulé puis jeté à la poubelle ! Raaah j’en ai encore des frissons ! haha.
_T’es bête ou quoi ? C’est un chef d’oeuvre de la littérature!
_Heu, oui, c’est intéressant mais ça m’a vraiment trop mis mal à l’aise…
_ Mouai, je comprend pas, t’aurais pu me le donner au lieu de le brûler hein!»

Mais attend… il est lent ou quoi ? Il sait de quoi je parle là, non? … Ca doit le gêner.

Oui, y a des moments, tu te dis que t’aurais préféré fermer ta gueule plutôt que de le dire… Il y a plusieurs type de personnes:

Dans les amis, la plupart sont compréhensifs, choqués et te prennent la main en t’écoutant en sortant des «‘tain… c’est chaud» en détournant le regard. Perso, rien à dire sur ça, on me pose comme victime que je suis et on m’écoute. Quand vous avez le coeur à ça et une meilleure amie qui vous connaissait à l’époque, on peut même partir dans l’humour noir «Haaa nooon! C’est la chasse à la cousine!!» et alors là c’est un grand fou rire assuré. Pour ce qui est des autres, une fois ça passé, on l’enterre un peu quand même et on ne fait aucun lien avec mes propos féministes ou de fille sexualisée… Et puis, c’est pas parce que t’as pas été harcelé a 8 piges que t’as pas le droit non plus faire des coups d’un soir sans te faire juger… Donc mignon mais une mémoire de poisson rouge.

J’ai deux frères : l’un à qui je l’ai raconté. Il s’est énervé, il a dit qu’il le frapperait, il était sous le choc, il m’a mis en confiance mais, il ne l’a jamais frappé, jamais donné un regard noir et a même continué à rigoler avec lui par politesse. L’autre… bah je sais qu’il est au courant, mais je ne lui ai jamais dit en fait… Oui, mais il sait aussi que je suis au courant qu’il est au courant.. I guess.

Dans les petits copains, alors là, c’est un autre niveau. Voila, j’avais tendance à vouloir raconter cet épisode à tout ceux avec qui je voulais être proches. J’utilisais cette confidence pour forcer le lien. C’est glauque et adolescent mais c’est ce que je faisais avec mes amies lors de leur première nuit à la maison. Je voyais pas le mal de le raconter à mon copain frais du dernier week end ! Cependant, toujours après la première partie de sexe. Sinon il va débander direct… Les réactions : le malaise, le silence ou le fou rire nerveux sinon… Bilan: Bah c’est pas top et tu te sens conne. En même temps, ce genre de choses peut-être qu’il faut connaître la personne, puis lui dire ? Puis il y a celui qui, quand tu fais une crise d’angoisse dans la nuit, te raconte une histoire au téléphone pour t’aider à t’endormir jusqu’à très tard dans la nuit. Lui, s’il le croise, c’est clair qu’il va pas lui serrer la main ! <3

Les parents sont bien évidemment au courant mais n’ont jamais pris aucune forme de mesure contre mon cousin, me force encore à aller à des réunions de famille où je ne veux pas mettre les pieds, nous demande d’adorer tous nos cousins et d’être gentils avec eux: «Tu comprends, il est très introverti, vous êtes heureux vous!». Mon frère et ma soeur m’ont déjà soutenue devant mes parents quand ils faisaient l’autruche, quand ma mère ne comprenait pas au début pourquoi j’étais énervée de devoir accepter mon harceleur le jour de son anniversaire à ma table. Oui, chouette histoire celle-ci. En bref, ils ne sont pas tous noirs mais ils sont déjà d’un gris trop foncé.

The cousin ne sait pas si tu t’en souviens ou pas et fait comme si rien du tout, du tout ne s’était passé. Ca se comprend, peut-être que lui-même a tout fait pour tout oublier ou peut-être qu’il prie que je lui foute par un procès au cul. Je ne sais pas, je ne lui en ai jamais parlé et ce n’est pas dans mes plans. Je sais tout de même qu’il a tout avoué en pleurant à sa mère. Elle en a ensuite parler avec la mienne. Ca me fait du bien savoir qu’il a pleuré et qu’il s’en est voulu. Mais l’idée des deux mères qui pensent plus à leur relation de soeur qu’à la victime, ça me fout un peu la gerbe.

Pour finir, les autres cousins qui sont au courant. On l’a dit à certains, je ne sais pas qui. Y en a qui sont au courant. Tout est parti dans l’oubli. A se demander même s’ils ont pas oublié leur choc et leur empathie quand ils l’ont appris.

Ainsi, entre tes amis mecs qui te traitent de salope parce que tu couches un peu à droite à gauche sans se demander une seconde si, par hasard, ça veut pas dire: « Plus personne me dira ce que je dois faire de mon corps, s’il est soumis à un autre, ce sera mon choix! » ; tes parents qui font l’autruche, ne t’ont jamais posée en victime, t’ont jamais demandé si oui ou non, tu voulais le revoir, si oui ou non, tu avais des questions sur ta sexualité, t’ont interdit de voir un psy pour en parler et tous les autres qui ont une mémoire de poisson rouge parce que ça les arrange…
De loin, le plus dur n’a pas été l’expérience en elle-même, le plus dur aura été l’incompréhension de soi et de son corps mais aussi la déception que tu peux ressentir auprès de presque tout le monde dont les personnes que t’aimes le plus.

La déception que quelque chose que tu ne peux pas oublier et qui fait ce que tu es aujourd’hui peut être oublié aussi rapidement par d’autres juste parce que ça leur est désagréable.

Mais au final… tout ceux là sont restés mes amis, mes parents, mes frères et je les aime.

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.