Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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103. Claire

Je témoigne ici de deux faits dont j’ai le souvenir très net, très précis, que je n’ai jamais occultés. Il y a d’autres souvenirs plus flous dans ma mémoire, et plus anciens.

  • Le jour de Noël, alors que j’avais dix ans, ma mère m’a envoyée avec ma cousine de neuf ans chercher du chocolat à la pâtisserie. Nous nous réjouissions beaucoup, riions sur le chemin. Au débouché d’une allée piétonne déserte que nous venions de traverser (il n’y avait pas d’habitations à cet endroit), nous allions prendre le trottoir qui longeait une rue et une voiture s’est arrêtée dans le virage ; la portière passager s’est ouverte et un homme, le chauffeur, nous a fait signe de nous approcher. Nous nous sommes approchées, je pensais qu’il avait besoin d’aide. En fait, il avait son pantalon ouvert, son sexe posé dessus, bien en évidence, et il nous demandait en souriant de le regarder. C’était la 1ère fois que je voyais un sexe d’homme, j’étais effrayée, j’ai compris et j’ai eu honte. Ma cousine n’a pas compris, je crois. Il nous a demandé de monter dans la voiture, ma cousine est montée pour s’asseoir à coté de lui. Tout d’un coup, j’ai eu comme une secousse d’alerte. Je l’ai empoignée par le bras en la sortant brutalement de la voiture et je me suis mise à courir en la tirant derrière moi et en hurlant « cours, cours, il faut qu’on coure le plus vite possible ». Je hurlais en courant, elle m’a suivie très vite. Nous sommes arrivées à la maison, essoufflées, dans beaucoup de stress et sans le chocolat. J’ai paniqué. J’ai dit à ma mère qu’on n’avait pas rapporté le chocolat parce qu’on avait croisé cet homme en voiture. Je n’ai pas osé parler de son sexe. J’ai dit qu’il avait une sorte de souris sur les genoux, que je n’étais pas sûre parce que je n’avais pas bien vu, qu’il voulait qu’on la regarde et qu’on monte en voiture avec lui. Alors que je parlais de la souris, j’aurai voulu que ma mère entende autre chose, quelque chose de bizarre, qu’elle me demande de préciser ou qu’elle comprenne. Je n’arrivais pas à lui dire la vérité et j’aurais voulu qu’elle la sache. Ma mère a écouté et s’est emportée disant aux autres adultes qu’ « ils » profitaient du jour de Noël et repéraient les enfants seuls, que c’était facile. A moi et à ma cousine, personne n’a rien dit.
    Avec ma cousine, je n’en ai jamais reparlé. Je crois qu’elle n’avait pas compris qu’il s’agissait d’un sexe d’homme. C’est resté comme un bloc de glace dans ma poitrine.
  • J’avais 13 ans et mon grand-père maternel est venu à la maison. Je ne me souviens même plus si ma grand-mère était venue aussi. Ma mère était à la cuisine, mon père était assis dans une partie de la salle à manger, mon grand-père dans un fauteuil dans une autre partie de cette pièce. Alors que je passais par là, mon grand-père m’a interpellée et m’a demandé de venir près de lui. J’y suis allée en pensant qu’il voulait me dire quelque chose. Il m’a demandé de venir plus près, pour lui faire la bise. Là, j’ai senti de la répugnance, de la résistance, d’autant que dans ma famille, personne ne fait beaucoup de démonstrations affectives. Il me disait : « allez, viens, viens ! », je me suis encore approchée et là, il m’a prise dans ses bras et m’a serrée contre lui, me contraignant à me rapprocher beaucoup, beaucoup plus que je n’aurais voulu, même pour une bise. Il a commencé à me peloter les seins. Je voulais reculer, je n’y arrivais pas. Mes jambes étaient coincées dans ses genoux maigres qui m’enserraient avec force, ses bras me retenaient le dos. Il parlait de je-ne-sais-quoi en me pelotant et en me regardant. Sa main dans mon dos est descendue sur mes fesses, entre mes cuisses, sur mon sexe. Elle se promenait là. Je sentais son haleine mauvaise. J’ai regardé mon père. J’ai croisé son regard, il a détourné le sien. Je me suis dit : « alors, s’il a vu et qu’il ne dit rien, c’est que c’est normal ». J’avais du dégoût, de la honte, et je me suis sentie coupable : je me suis dit que c’était moi qui avais des « idées mal placées ». Je ne sais plus combien de temps cela a duré. Je poussais pour m’éloigner, le tenir à distance mais pas vraiment pour m’échapper. Je suis partie seulement quand il a desserré son étreinte. De ce jour, j’ai éprouvé pour lui dégoût et haine. Même maintenant, alors qu’il est mort depuis près de 20 ans, c’est cela uniquement que j’éprouve quand je pense à lui. A partir de ce moment-là, j’ai refusé de faire la bise à qui que ce soit, y compris mes amis. Etudiante, tiraillée entre l’envie de partager ce rituel social et mes émotions emmurées, j’ai décidé d’accepter les bises mais j’ai refusé d’en prendre l’initiative. C’est plus tard, bien plus tard en thérapie, que j’ai découvert que le toucher pouvait être bon pour moi, doux et respectueux. Adolescente et adulte, j’ai laissé des hommes se frotter contre moi dans le métro : j’avais honte, je rougissais, je me disais « c’est moi qui me fais des idées ». J’avais toujours un doute.

J’ai longtemps eu honte de ma honte. J’entretenais cette dénégation : ce n’est pas très grave, moi je n’ai pas été violée et torturée de manière répétée comme tant d’autres personnes. Tout le monde passe plus ou moins par là. C’est courant et j’ai plutôt eu de la chance de m’en sortir avec si peu.

Adulte, j’ai laissé un homme dont j’étais amoureuse m’imposer un rapport que je ne voulais pas. J’ai accepté un viol et j’avais tellement honte que je n’ai pu en parler ensuite, même en groupe de thérapie ; J’ai juste partagé l’immense douleur de la honte que j’éprouvais. De tout cela encore, j’ai honte.

Je pense que ma mère a été violée de manière répétée par son père durant son adolescence.

Aujourd’hui, je veux transmettre la vie et je publie ces faits pour ancrer ma détermination à transmettre autre chose à mes enfants : savoir dire STOP ; être consciente que mon corps c’est mon corps et que moi seule, je sais ce qui est bon pour moi, ou mauvais ; être vigilante, lucide face aux signes qui, prenant des chemins de traverse, montrent que quelque chose s’est passé, sans attendre qu’un enfant raconte explicitement, précisément, ce qui s’est passé.

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.