Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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10. Claire

Moi Claire, lorsque j’avais 6 ans, de nouveaux voisins sont arrivés, un père divorcé ayant la garde de sa fille âgée de 6 ans comme moi. Nous sommes naturellement devenues amies. La première fois que je suis allée chez elle, son père était là. Il a voulu que nous jouions à se faire des « chatouilles » sur leur lit (bien qu’ayant une chambre, Carole dormait avec son père). Un vrai supplice. J’ai vite demandé à jouer à un autre jeu. Son père a voulu que nous jouions à cache-cache et que ce soit sa fille qui compte et nous cherche en premier. Il est parti se cacher dans la cuisine, et moi je suis partie dans la direction opposée, dans la salle de bain. La porte s’est aussitôt ouverte, j’ai crû que c’était Carole qui m’avait trouvée tout de suite, mais quand j’ai vu que c’était lui, j’ai été terrorisée. Il a mis l’index sur sa bouche pour que je me taise et a fermé prestement la porte derrière lui, à clef…
Quand il m’a libérée, je suis partie en courant, sans même me retourner pour voir ce que faisait Carole …
J’ai dévalée notre campagne à flanc de colline en courant jusqu’à la maison.
J’ai raconté à ma mère ce qu’il s’était passé. Elle m’a simplement dit que je n’avais qu’à plus y retourner. J’ai insisté, mais j’ai vu que cela commençait à l’agacer, alors je suis partie dans ma chambre.
Les jours suivants, j’entendais Carole m’appeler inlassablement à la clôture. J’ai fini par y retourner, un jour où son père n’était pas là. J’étais sur le qui-vive, continuellement aux aguets du moindre bruit qui me faisait courir jusqu’à la fenêtre pour voir si ce n’était pas son père qui arrivait. Lorsqu’il est arrivé, je me suis enfuie aussitôt en courant. Je n’y suis plus jamais retournée. Ils sont partis deux ans plus tard.

Je n’ai jamais oublié et j’ai eu quelques gros passages à vide dans ma vie, que je sentais confusément liés à cette mauvaise expérience …

Mais le pire était à venir …

Lorsque j’avais 32 ans, mon mari et moi avons déménagé dans une petite ville près d’Aix-en-Provence.

Dans l’entreprise où j’ai trouvé du travail, j’ai fait la connaissance de plusieurs personnes se revendiquant pédophiles. J’étais surprise et choquée qu’elles en parlent ouvertement. J’ai appris rapidement aussi qu’elles faisaient parties d’un réseau, ce qui pour moi était une notion complètement nouvelle, et bien évidemment très choquante. Je les intéressais car j’avais deux jeunes garçons, de 2 ans et 5 ans et demi.
Ils essayaient de me faire devenir comme eux, m’en vantant les « attraits », et pour eux c’était quelque chose de normal …
Ils n’ont pas réussi. Ils ont essayé de me corrompre, ils n’ont pas réussi non plus.
Parallèlement, un collègue de travail de mon mari, Christian, les connaissait bien et me donnait des indications pour éviter leurs pièges, ce qui m’aidait beaucoup et m’était précieux.
Puis il a eu un « accident » de la circulation où il a perdu la vie … J’ai compris alors la gravité de la situation et je suis allée à la gendarmerie. Ils étaient au courant de l’existence de ce réseau mais ne m’ont rien proposé de faire …

Le lendemain, à mon travail, une femme que je n’avais jamais vue s’est approchée de moi et m’a prévenue très discrètement qu’ils m’avaient prévu un « accident » le lendemain matin, sur la nationale pour me rendre à mon travail, avec un camion. J’ai appris aussi qu’ils avaient mis du sel de phosphore sur ma cagoule (je travaillais en salle blanche). Sel qui était utilisé dans l’entreprise et qui a la particularité de faire fuir le calcium des os dans les urines… mon crâne aurait été pulvérisé dans le choc avec le camion.
Le lendemain, j’ai emprunté de petites routes de campagne pour me rendre à mon travail. Quand ils m’ont vu arriver, ils étaient fous de rage et ne s’en sont pas cachés.
Un peu avant le repas de midi, une autre femme que je n’avais jamais vue autrement que de loin, est venue me voir et m’a prévenue de ne rien toucher à la cantine. Botulisme m’a-t-elle soufflé en repartant.
A la cantine, j’ai pris de quoi manger, mais je n’ai rien touché, prétextant que je me sentais barbouillée… Avant de retourner à mon poste, un homme que je ne connaissais pas non plus m’a dit rapidement de ne pas rester à mon poste car ils avaient relié mon plan de travail métallique à un câble, que j’allais être électrocutée, et qu’il n’y aurait personne pour appuyer sur le bouton d’arrêt d’urgence… C’était tellement énorme que j’avais de la peine à le croire et je me suis quand même rendue dans ma baie. Quand je suis arrivée et que j’ai vu qu’effectivement il n’y avait pas les cinq autres personnes qui travaillaient avec moi et qui auraient dû être là, j’ai commencé à douter … Je n’ai rien touché et j’ai attendu un long moment… Comme personne ne venait, je suis partie. J’ai quitté l’usine en disant que j’étais malade. Je suis allée voir un médecin pour un arrêt de travail et je n’ai plus jamais remis les pieds dans cette usine.
Quelques jours plus tard, les parents de Christian que je ne connaissais pas encore, ont pris contact avec moi. Ils m’ont appris, chose que Christian ne m’avait pas dit , qu’ils en faisaient parti depuis 30 ans, qu’ils s’étaient fait piégés, et que depuis leur vie était l’horreur.
Raison pour laquelle Christian les connaissait si bien et savait ce qu’ils allaient faire à l’avance …
J’ai essayé de prévenir mon entourage de ce qu’il se passait, mais personne ne me croyait. On m’a même prise pour une folle …
J’ai quitté mon travail, mon mari et le département.
Suite à cela, j’ai fait une grosse dépression, cela avait été horrible à vivre et extrêmement traumatisant, car ce n’était pas moi qui était visée mais mes enfants, ce qui est pire que tout pour une mère…
L’enjeu crucial était que je reste en vie pour protéger mes enfants, car lorsque j’en parlais à mon mari, il ne comprenait pas et n’y croyait pas, même s’il était troublé quand je lui rappelais ce que nous disait Christian, ainsi que les circonstances troublantes de son accident. Donc je savais que si je mourrais, ce ne serait pas mon mari qui pourrait protéger mes enfants des griffes de ces criminels …
Dans ce nouveau département, je pensais leur avoir échappé, et pouvoir recommencer une nouvelle vie, même si cela me torturait de savoir qu’ils continuaient impunément.
En mai 2007 j’ai même écrit au Procureur de Marseille. Il a ordonné que je sois entendue au commissariat de mon lieu de résidence. Le policier qui m’a auditionnée s’est employé à me faire revenir sur tout ce que j’avais dit dans ma lettre au Procureur. J’ai bien compris que si je ne voulais pas d’ennuis, je n’avais pas le choix … Malgré cela il m’a fait beaucoup d’ennuis par la suite, et il a fallu l’intervention de deux personnes ayant autorité pour qu’il me laisse tranquille…

Par ailleurs, bien qu’il y ai beaucoup de signes, je refusais de croire que ce réseau était aussi présent dans ce nouveau lieu. Mais qu’est-ce 67 km pour un réseau ? Je me disais que c’était les conséquences de ma dépression qui me faisaient angoisser… Il m’a fallu plusieurs années et des événements concrets pour que je me rende à l’évidence … Il était certain qu’avec ce que je savais, ils n’allaient pas me laisser sans surveillance … Mais ils étaient beaucoup plus discrets, car entre temps, il y avait eu le scandale de l’affaire Dutroux.
Puis il y a eu de graves problèmes qui m’ont contrainte à porter plainte contre deux d’entre eux. Je savais que c’était signer mon arrêt de mort, car contre ces gens-là, on ne gagne pas …
Depuis, j’ai perdu plusieurs fois les freins de ma voiture, heureusement cela s’est toujours produit en ville à petite vitesse, ce qui fait que cela n’a pas eu de conséquences graves. Depuis 30 ans que je conduis, cela ne m’était jamais arrivé … Ils avaient même coupé le câble reliant le frein au voyant du tableau de bord pour que je ne sois pas prévenue d’un problème aux freins … Après la dernière « panne »,je n’ai pas fait réparer ma voiture, et j’ai arrêté de m’en servir…
Par la suite, plusieurs fois une voiture nous a foncé dessus, avec mon troisième fils, à des passages piétons. Là encore, en 50 ans de vie citadine, cela ne m’était jamais arrivé …
Puis en 2014, je suis tombée sur un article très fouillé sur la pédocriminalité, écrit par des journalistes sérieux et de renom.
Tout ce que je raconte depuis 18 ans y était …
Quand je pense que certaines personnes m’avaient traitée de folle !
J’ai créée en juillet 2015 une pétition contre la pédocriminalité et j’ai créée une page facebook pour la diffuser.
Jusque là, je n’avais jamais voulu avoir de page facebook ni autre, car je ne voulais pas qu’ils me retrouvent, quand naïvement, je croyais leur avoir échappé.
Depuis, tout ce que je découvre sur la pédocriminalité est effarant …
C’est parce qu’il faut qu’un maximum de personnes soit au courant, et qu’il faut agir que je fais ce témoignage.
Ce qu’il m’est arrivé quand j’étais petite, en regard de ce qu’il se passe pour des milliers d’enfants chaque jour, ce n’est rien…
Et c’est aussi parce que je sais pertinemment que j’ai peu de chances de rester en vie d’ici la fin de la procédure que je fais ce témoignage, avant de ne plus pouvoir le faire… Car ils ne manquent pas de moyen pour faire taire ceux qui représentent une menace pour eux : « accidents », « suicides », « maladies » soudaines et bien opportunes, mortelles bien évidemment …

Ce témoignage afin que mon expérience serve au plus grand nombre.

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués