Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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136. Axelle

Moi Axelle, 49 ans, j’ai été violée à l’âge de 5 ans par le fils d’un ami de mes parents, alors adolescent.
J’ai tout ignoré de ce viol pendant 25 ans. Jusqu’à l’âge de 30 ans, j’ai la plupart du temps évité les hommes, en tout cas j’évitais les rapports sexuels, sans comprendre pourquoi. Je pensais que j’attendais l’homme de ma vie.
J’étais attirée par certains mais au moindre baiser, j’étais envahie d’un profond dégoût, je pensais que c’était du au fait que « ce n’était pas le bon » et je m’enfuyais…

Je souffrais terriblement de cette solitude et surtout du manque d’écoute de mon entourage sur cette souffrance. On me répétait que j’avais tout pour plaire et que j’étais trop difficile, que c’était ma faute. J’avais l’impression d’être habitée par une malédiction, que rencontrer et aimer un homme était totalement impossible pour moi, sans que je puisse l’expliquer. Ma famille était aimante et chaleureuse mais toute faiblesse était proscrite, la peur, la tristesse et la colère étaient interdites, je cachais donc un stress intérieur constant et beaucoup d’angoisse derrière une forte énergie et de la joie de vivre qui était réelle bien que parcellaire. J’avais des crises de cafard terribles, comme une chute dans un trou noir et puis ça repartait. J’avais le sentiment que seul mon chien me comprenait et savait vraiment qui j’étais.

A l’âge de 30 ans, suite à une rencontre plus importante que les autres et toujours envahie de ce « mur » incompréhensible alors que j’étais amoureuse, j’ai commencé une analyse et c’est au bout d’un an que les souvenirs ont remonté, d’abord par des cauchemars puis par des flashs incessants. Une année de cauchemar pendant laquelle je n’étais plus capable de travailler, je ne pouvais plus courir à force d’épuisement, je vomissais dans la rue à cause du ressenti de l’agression comme si cela se passait à l’instant même, je ne cessais de penser au suicide et la seule chose qui me soulageait, c’était des actes d’auto-mutilation. (Je me blessais les pieds avec un couteau, personne ne le voyait).
Les années suivantes, j’ai tenté d’avoir des relations amoureuses mais malgré l’accompagnement thérapeutique de plusieurs années, toute tentative de rapport sexuel provoquait des heures de pleurs incoercibles. Ce n’est qu’à 40 ans que j’ai pu commencé à vivre une vie sexuelle harmonieuse. Je suis guérie sur ce plan là mais pas encore au niveau du coeur, je ne peux faire confiance à un homme de manière profonde et ne me suis pas encore engagée. Je poursuis mon chemin thérapeutique, je ne lâche pas le morceau.
Il est clair que je n’ai pu créer une vie de couple et avoir des enfants à cause de cette agression.

Entre 30 et 45 ans, j’ai eu une série de problèmes de santé importants : 6 opérations, des traitements lourds : j’ai eu 2 cancers de la gorge différents (dont l’un a récidivé) et des soucis gynéco. Je crois que les très fortes angoisses que la maladie (et la question de la mort) m’ont fait vivre m’ont permis de revivre et d’accueillir la terreur innommable et la colère que j’avais enterrées de toute mes forces. Je suis en rémission et me porte bien.

Sur le plan professionnel, j’ai vécu des choses parfois passionnantes mais souvent ponctuelles avec beaucoup d’arrêt maladies et de périodes de chômage, j’ai été poursuivie toute ma vie par le sentiment de ne pas avoir ma place, de ne pas trouver ma place, de demeurer dans l’errance comme un électron libre. Je commence maintenant à m’enraciner, après avoir passé quelques années à me reposer suite à la dernière récidive. Je commence enfin à faire la paix avec moi-même après des années de combat car le poison que l’agresseur m’avait insufflé, c’était la haine cachée de moi-même.

Je n’ai pas porté plainte, je partais du principe que les faits étaient prescrits (je ne sais plus si c’était effectivement le cas en 2000, 25 ans après les faits), je n’avais aucun souvenir conscient de l’identité de l’agresseur et c’est par des rêves répétés que son nom est revenu, je ne l’avais pas revu depuis mon enfance et aurais été incapable de le reconnaître.

Ce qui m’a portée et permis d’avancer sur ce chemin là et de rester debout, c’est ma foi en Dieu et le fait d’être crucifiée et ressuscitée comme le Christ et avec Lui qui ne me laissait pas seule. Je ne pense pas que je serais vivante aujourd’hui sans ma foi.

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.