Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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125. Anne

Moi, Anne, 40 ans, j’ai été victime de violences sexuelles étant mineure.

J’étais au collège de P. en 6e, j’avais 11 ou 12 ans. J’étais en avance côté puberté, j’avais déjà mes règles depuis un an, des seins lourds, des poils pubiens, je mesurais entre 1m60 et 1m65. Mais je ne connaissais rien au sexe, ni même au flirt. Je n’avais jamais eu de petit ami.
Le père de ma meilleure amie était un genre de gourou menant des séances de spiritisme. Il avait beaucoup d’influence sur ma mère, qui s’est mise à croire à ses théories sur les ondes telluriques, les voyages extra-corporels, etc.
Il me dégoutait. Il était chauve, je lui trouvais un regard vicieux et un sourire hypocrite. Je trouvais ses théories malsaines, dangereuses.
Il vivait avec sa femme et sa fille (ma meilleure amie depuis notre rencontre au collège cette année-là). Leur cave était aménagée en cabinet de magnétiseur avec un lit pour les « patients ».
Un jour où nous étions chez eux ma mère et moi, les adultes m’ont dit de descendre avec lui. Je ne voulais pas. Ma mère a insisté. C’était pour qu’il me « magnétise ».
Il m’a fait m’allonger, baisser ma culotte. Il m’a enfoncé les doigts dans le vagin en me disant que ça allait me faire du bien. Il était doux et souriant. J’étais tétanisée, pétrifiée.
Je me suis relevée, rhabillée. Il n’a pas insisté. Mais au moment où j’arrivais à l’escalier pour remonter, il m’a barré la route, m’a pris de force dans ses bras et a commencé à m’embrasser sur la bouche. Je me suis débattue, et j’ai crié « non » aussi fort que j’ai pu, mais j’ai bien entendu que ce n’était pas fort du tout, que ma voix restait coincée dans ma gorge nouée. N’empêche qu’il m’a alors lâchée et j’ai retrouvé ma mère, sa femme, et leur fille (ma meilleure amie) au rez-de-chaussée.
Une fois rentrées à la maison, j’ai raconté ce qui s’était passé à ma mère. Elle m’a répondu que j’étais provocante avec les hommes, que je l’avais bien cherché. Et que je ne devais surtout pas en parler. A personne. Car si sa femme et sa fille venaient à l’apprendre, ça leur ferait de la peine. Ça fait bientôt 30 ans, mais je m’en souviens très bien, je jure devant Dieu qu’elle m’a dit ça.

L’été qui a suivi, elle m’a déménagée sans explication et envoyée vivre chez des amis à C., à 80 km de P. J’ai changé de collège bien sur. Je n’ai plus jamais revu cet homme, ni sa fille. Mais ma mère est restée amie avec lui. Elle habitait et travaillait toujours à P. et continuait à le fréquenter. Elle a même voulu organiser un visite de cet homme à C. pour qu’on se revoit mais j’ai refusé.

Je ne peux pas garantir que cet événement ait joué dans ce déménagement. En tout cas, ce n’était pas la raison principale. Mais un énorme tabou a été instauré par ma mère pour que je ne pose pas de questions.
Une fois adulte, j’ai trouvé le courage de le lui en reparler. Elle m’a répondu qu’elle ne savait pas, que je ne lui avais pas dit, en tout cas pas précisément, que c’était il y a si longtemps qu’elle avait oublié…

Cet événement m’a profondément bouleversée. Pendant 20 ans, j’ai vécu mes histoires d’amour avec beaucoup de gêne, un genre de pudeur excessive. A chaque nouveau petit ami (il n’y en a pas eu des masses, disons 5, ou 10 en comptant les flirt d’ados), j’ai dû expliquer ce qui m’était arrivé.

Je me suis malgré tout construit une vie « normale ». Un mari, 2 enfants, des études supérieures, du travail. Pas de souci avec la justice. Pas (trop) d’addictions…

Pourvu que ce témoignage serve à quelque chose. C’est la première fois que je l’exprime en dehors de mes petits amis.

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.