Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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154. Anita

Moi, Anita, 28 ans, j’ai subi des attouchements sexuels dans ma petite enfance, pendant plusieurs années (de mes 3 à 6 ans je pense), par mon grand-père.
J’étais toute petite, je n’aimais pas, mais je ne disais rien en rentrant chez ma mère. Mon grand-père ne m’a pourtant jamais dit de me taire. Il ne m’a d’ailleurs jamais rien dit.
Je savais juste ce qui m’attendait. Je n’ai non plus jamais dit à ma mère que je ne voulais pas y aller. J’étais la préférée de papy aux yeux des autres…j’avais un rôle à tenir.
Les années ont passés, ma mère s’est remariée, elle ne nous a plus envoyé dormir chez mes grands-parents.
J’ai toujours eu en mémoire ce que j’avais vécu.
A 11 ans, des éducateurs spécialisés sont venus dans mon collège parler de choses et d’autres. Je me suis inscrite dans un thème concernant les violences sexuelles, c’est là que j’ai pu mettre un terme sur ce que j’avais vécu : attouchements sexuels. Et après ? Aller parler aux éducs devant tous les autres élèves en criant « à l’aide » ??
J’étais une élève calme, timide, qu’on ne remarquait pas…
J’ai parlé à mes deux copines de collège, qui ne savait pas quoi me dire, on a oublié (ou fait comme).
A 14 15 ans, j’en ai parlé à mes sœurs, l’une m’a disputé violemment, il ne fallait pas plaisanter avec ces choses là, surtout que ça concernait papy. A ses yeux, je mentais. Alors, j’ai éclaté de rire et fait passer ça pour une blague, effectivement.
J’en ai alors parlé à mon frère, qui m’a dit qu’il ne voulait pas en entendre parler car ça concernait quelqu’un de la famille !

Par la suite, j’ai tenté d’appeler SOS enfance maltraitée, je raccrochais dès que la voix à l’autre bout répondait, j’ai sonné aux portes de thérapeutes spécialisés pour les mineurs, on m’a reçu et on m’a très vite dit que je semblais une ado tout à fait normale, que je m’en sortirai seule. J’avais besoin de parler, de comprendre, de pleurer, qu’on reconnaisse mon mal!
A 17 ans, suite à mes premières relations sexuelles, et grâce à une conversation avec une amie qui m’a fait promettre de parler à ma mère en rentrant chez moi, je me suis enfermée dans ma chambre. Ma mère est venue, je pleurais, n’arrivais pas à lui parler. Alors je lui ai donné un poème qui racontais ce que j’avais vécu. Mais pas de la part de qui ! Quand elle m’a demandé si c’était mon père, j’ai crié que c’était le sien ! Ma pauvre maman, comme je n’avais pas envie de te faire de peine!

La suite serait encore longue, mais je vais être brève.
On m’a cru, puis on a douté de moi. On m’a interdit d’en parler avec qui que ce soit. J’ai vu une éduc qui voulait seulement que je porte plainte mais qui ne m’a pas tellement aidé psychologiquement. Plus de 10 ans s’étaient écoulés, porter plainte ne servait à rien. Et puis semer la zizanie dans la famille… Je pensais à ma grand mère, à sa peine si elle l’apprenait (le savait-elle d’ailleurs ?)
On a continué à me dire que c’était bon, qu’il fallait que je passe à autre chose, qu’il existait pire comme traumatisme, que je voulais juste porter l’attention sur moi… Je me suis alors dit que j’étais forte et que j’y arrivais seule depuis déjà 14 ans, que ça continuerai comme ça!
A 25 ans, ma sœur m’a proposé d’aller voir ensemble papy, d’occuper mamie pendant que je lui parlerai (papy avait des problèmes de cœur, le cimetière l’attendait, pas le paradis! (Oui je fais de l’humour) mais papy m’a fuie.
Deux semaines après il est mort. J’ai pleuré, mais pas de tristesse.

Je ne pourrais jamais lui dire droit dans les yeux que je me souviens, que j’ai souffert, mais que pour me sauver, je l’ai pardonné il y a déjà bien longtemps !

(Ecrire ce texte est difficile, qui va le lire, comment, pourquoi…la peur d’écrire ce que seul nous savons, ce que nous n’avons que très peu dit, ce que longtemps nous pensions ne jamais révéler ; mais je le fais pour permettre à d’autres de l’éviter!)

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.