Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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46. Philippe

Moi Philippe D., j’ai été la victime privilégiée, mais non la seule, de ma mère depuis ma plus tendre enfance jusqu’à la fin de mon adolescence. Sous son emprise, il ne m’est venu que très tard l’idée que ce que je vivais n’était pas une histoire d’amour, mais un viol répété qui se basait sur une confiance aveugle assurée par un dressage remontant bien plus loin que la mémoire ne peut remonter. Moi, Philippe D., j’accuse aussi la meilleure amie de ma mère de s’être jointe à elle et d’avoir joui de mon dressage à la soumission.

Moi, Philippe D., j’accuse ces deux femmes d’avoir vendu leurs enfants lors de soirées-orgies auxquelles ont participé de nombreuses personnes représentant notre petite ville à tous les niveaux, du plus bas au plus haut. Nous avons ainsi été victimes de viols en réunion durant lesquelles nous avons subis les pires humiliations, outre les actes sexuels eux-mêmes. Nous avons été soumis à des violences tant psychologiques que physiques et n’avons trouvé pour seule aide que nous-mêmes : nous nous entraidions dans les moments les plus difficiles, les plus grands essayant de protéger les plus petits en plusieurs occasions.

Moi, Philippe D., affirme également avoir été victime d’actes plus sombres encore lors de célébrations pseudo-rituelles durant lesquelles j’ai été amené à jouer un rôle particulier qui m’a valu tout à la fois la chance de survivre, mais aussi de voir d’autres victimes moins chanceuses – quoique parfois j’aurais préféré ne pas avoir cette fortune.

Moi, Philippe D., j’accuse tous les gens dans notre village qui non seulement savaient et, s’ils n’ont pas participé, n’ont jamais rien dit ni rien fait, mais qui de surcroît, sachant tout cela, nous ont traités comme de la graine de délinquant, nous poussant vers la marginalité au lieu de nous tendre la main.

J’ai vécu avec ce bagage, apprenant progressivement à en parler, encore à moitié hébété – mais est-ce que je cesserai jamais de l’être un peu ? L’un de mes frères est mort dans la marginalité, ayant passé sa vie à oublier d’exister à travers l’alcool. J’avais commencé à suivre cette voie, mais quelque part j’ai réussi à m’en tirer et à trouver l’aide dont j’avais besoin en ma compagne. Et pourtant, mon bagage persiste et signe et tant ma compagne que nos enfants ont eux aussi subi les séquelles de ma triste histoire, une responsabilité lourde à porter. Cela revient à assumer la responsabilité de mes tortionnaires et des lâches qui ne nous ont jamais aidés, la responsabilité d’une faute originelle expiée pour d’autres que nous.

Aujourd’hui, j’en veux à la société qui crée ces monstres et refuse de les voir pour ce qu’ils sont. J’en veux à cette société qui criminalise les enfants et refuse de voir ses responsabilités en la rejetant sur eux. Je hais l’hypocrisie du lâche autant que la noirceur du pédophile assassin qui tue dans la quasi-certitude de l’impunité. Rien ne m’a convaincu que ces hommes et ces femmes qui ont tué en nous l’enfance ont ou seront jamais rejetés par cette société qui préfère le confort mielleux de l’autosatisfaction au trouble dérangeant de la simple justice.

Ils ont fait de moi le porteur du mal et ont fait souffrir mes enfants et ma compagne à travers moi, me faisant parfois regretter d’avoir ainsi noué des attaches au lieu de me sacrifier et d’emporter avec moi la mauvaise graine qu’eux avaient semé.

Je vis avec la haine, une sourde envie d’exploser à tout moment, que je cache sous des abords timides et discrets – être conscient d’avoir été usé et manipulé jusqu’à tuer en moi le souvenir et ne laisser que la confusion – vivre comme une éternelle page blanche sur laquelle rien de bon ne peut s’inscrire, une absence en ce monde sur laquelle personne ne peut compter vraiment. Car parfois je ne suis plus là : ne demandez pas quand ni comment, c’est comme ça.
Il me faut vivre sachant que je ne pourrai jamais accuser les pires de mes tortionnaires, mais seulement les entremetteuses qui n’en valent pas la peine et dont une est déjà morte, tout simplement parce que je n’ai aucun argument pour soutenir un acte d’accusation. Il est facile de tuer un enfant et de faire disparaître ses traces – il est facile de le torturer et d’effacer la mémoire. Ne reste que le cauchemar pour lui, après leur jouissance.

Je crois avoir dit le principal, bien que je n’ai sans doute pas dit tout ce que j’aurais aimé, tellement le flot qui me vient en tête semble ne pouvoir s’arrêter, sans aucun fil conducteur que les flashbacks qui ont bercé mes nuits depuis leur lente remontée après la naissance de mon premier enfant.

J’atteste ici de la véracité des faits qui sont rapportés dans ce qui précède.