Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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32. Géraldine

Moi, Géraldine P., j’ai été abusée et violée de l’âge de 3 ans jusqu’à l’âge de 9/10 ans, il y a bien sûr eu des moments de répits pendant cette période. C’est une histoire complexe sur le plan psychologique. J’ai été victime de mon oncle pédophile pendant cette partie de ma vie, ensuite il est mort, et j’ai refoulé.
C’est à l’âge de 24 ans que les souvenirs ont refait surface, j’ai aujourd’hui 38 ans, j’avais accouché de mon fils quelques mois auparavant, lorsqu’un jour, en jouant avec lui, j’ai senti une peur folle et irrationnel, une douleur sourde et pénétrante au plus profond de mes entrailles. Et si quelqu’un pouvait lui faire du mal, mais du mal comment ?? Et puis, des images me venaient pas flash, comme un grand puzzle à résoudre, mais dont les pièces ne m’étaient données qu’au compte-goutte. Alors, petit à petit, les flashs commencèrent à devenir des souvenirs de plus en plus précis, des souvenirs que je ne comprenais pas, mais qui m’appartenaient. Et enfin, les sensations, les douleurs, mon corps se rappelait aussi….
J’avais l’impression de devenir folle, j’étais totalement affolée, horrifiée….Et un soir, le puzzle était terminé, tout était assemblé, tout est devenu clair, j’ai été prise de nausées…
J’ai toujours vécu à la campagne, nous avions une maison neuve juste à côté de mes grands-parents paternels. Eux habitaient dans ces anciennes maisons champenoises, avec un grand portail en métal qui ouvrait sur une cour intérieure. Dans le bâtiment principal se trouvait la cuisine qui séparait 2 chambres, celle de mes grands-parents et celle de E. (mon oncle), il y avait d’autres chambres mais pour y accéder il fallait passer par la cour. Les toilettes se trouvaient à l’époque tout au bout du bâtiment à l’extérieur, ils étaient près de la grange.
J’allais régulièrement chez ma grand-mère étant petite, et mon 1er souvenir se passe dans la grange à l’étage, il a fait des attouchements, j’étais une petite fille volontaire, bien dans sa peau et intelligente. Il m’avait fait mal, et je comptais le dénoncer, il a réussi à me faire peur avec des araignées pour que je me taise (d’où ma phobie de ces petites bêtes).
Mais finalement, jusque l’âge de 5 ans 1/2, ce ne fut que quelques petits attouchements à intervalles très espacés. Non, le vrai cauchemar a commencé lorsque je suis entrée à l’école primaire. Lorsque j’étais à la maternelle, j’étais chez une nourrice qui habitait près de cette école dans la ville où ma maman travaillait.
Mais pour mon grand malheur, il y avait une petite école au sein de notre village, la solution a donc été simple, j’irai dans cette école et ce sont mes grands-parents qui me garderaient, E. habitait chez eux…
Je vous passerai le détail de tous ces souvenirs, ils allaient des attouchements au viol anal, en passant par d’autres sévices avec des excréments, et la violence… Je me plaignais souvent auprès de ma mère, que ça me brûlait quand je faisait pipi, si bien qu’une fois, elle m’a emmené chez notre médecin de famille. Ce médecin était très compétent et très gentil, mais il n’avait visiblement aucune notion de pédopsychologie. Il avait, effectivement, vite cerné le problème, il a fait sortir ma mère pour rester seul avec moi, dans son cabinet, il y avait des grands tableaux, et là, il me demande de prendre une craie et d’écrire un nom. Je n’ai pas compris tout de suite le sens de sa démarche, et j’ai écrit le nom de la personne que j’aimais le plus : papa. Lorsque je me suis retournée vers lui, j’avais un grand sourire, et il m’a dit une phrase, qui m’a fait prendre conscience de mon erreur, alors aussitôt, j’ai écrit E. Trop tard, il était déjà persuadé que c’était mon père….Heureusement, qu’il était très ami avec ma mère, il lui en a parlé et lui a dit qu’il la laissait gérer, qu’il ne ferait pas de signalement. Elle m’a alors posé des questions, toute paniquée qu’elle était, je l’ai rassurée pour mon père, et sa panique m’a dissuadé de lui en dire plus.
Jusqu’au jour, où il a décidé de me violer, de prendre ma virginité, je devais avoir 8 ans, je me rappelle que je portais cette petite jupe en volant à fleur, je l’adorais. Cela s’est passé dans une chambre extérieure, il a profité que ma grand-mère tricotait dans la cuisine pour m’y attirer, il revenait d’un stage à l’hôpital psychiatrique, il me semble, il me disait qu’il voulait s’excuser, se faire pardonner, et la porte se referma…J’étais une poupée de chiffon, en pleine décorporation, je ne peux l’expliquer mais il n’a pas réussi à aller jusqu’au bout. Il a tout de même terminer son affaire par d’autres moyens…J’ai repris conscience d’un seul coup lorsqu’il a eu terminé, j’étais recouverte d’un liquide visqueux de la tête au pied, j’étais triste et en colère, très en colère. Je suis partie voir mes grands-parents, et je leur ai crié qu’il était fou, que je voulais aller voir ma mère, je hurlais à m’en exploser les poumons…
Devant ma détermination, n’ayant pas le permis ni l’un ni l’autre, ils me firent monter dans sa voiture avec E. au volant, au départ, je ne voulais pas obéir, puis ma grand-mère m’a juré qu’on allait voir ma maman. Au bout de la rue, il fallait tourner à droite, et, ils ont pris à gauche, j’ai de nouveau crié, hurlé… Et puis, je me suis tu, je me suis recroquevillée. Nous sommes allés chez un autre de mes oncles, l’aîné de la famille, j’ai été prise en charge par ma tante et mes cousines, qui m’ont lavée, consolée…  Et qui se disputaient sur le fait d’en parler ou pas à ma mère… Ensuite, elles m’ont allongée sur le canapé, la cuisine était juste à côté, et je les entendais se disputer, un autre de mes oncles est arrivé… ça braillait dans tous les sens, alors, petit à petit, je me suis rapprochée et cachée dans l’angle… E. était debout face à tout le monde, on parlait d’aller chercher la carabine pour le tuer, ils me soutenaient, et puis, E. a dit que tout était de ma faute. Alors, du haut de mes 8 ans, je lui ai fait face, et lui ai dit avec mes mots de petites filles que c’était lui le fou…. Epuisée par tout ça, je ne me rappelle pas trop le chemin du retour, seulement, que ma mère était étonnée que je me sois changée, je n’ai pas parlé…
Ma grand-mère avait le coeur partagé entre protéger sa petite-fille et guérir son fils, je sais qu’il a plusieurs fois fait des stages en hôpital psychiatrique, mais ça ne changeait strictement rien…
A partir de ce jour, il a été éloigné de quelques mètres, il était parti s’installer chez ma tante dans le même village….Elle avait 2 fils, plus âgés que moi, qui ont subi aussi, d’ailleurs, je partage des souvenirs communs avec le plus jeune d’entre eux, ainsi qu’une autre cousine qui venait régulièrement. Nous avions ce secret commun. Ce n’est pas pour autant que tout s’est arrêté, mais ça a permis de me laisser un peu plus respirer, il avait interdiction de venir chez mes grands-parents.
Lorsque j’avais 6 ans 1/2, j’ai eu un petit frère, mes parents étaient très amis avec des cultivateurs du village, leur fille âgée de 16 ans, avait arrêté l’école et ne travaillait pas. Ils avaient aussi un fils de 14/15 ans. Ma mère a alors décidé de la prendre comme nourrice de mon petit frère. Bien évidemment, de mon côté, j’étais toujours gardé par ma grand-mère, mais j’allais de temps en temps avec C., la nourrice.
Mes parents devaient s’absenter pendant quelques jours, j’avais alors 9 ans, il était convenu que mon petit frère dormirait chez eux; et que moi aussi, puisque je refusais catégoriquement de dormir chez mes grands-parents (des crises de colère répétitives à chaque fois que la question se présentait).
J’adorais ces gens, ils étaient adorables avec nous, y compris leur fils, qui me taquinait souvent, mais toujours avec bienveillance. Je devais donc partager sa chambre, chacun dans un lit différent, cette nuit-là, j’ai cauchemardé, et j’ai du crier assez fort pour réveiller le fils. Il s’est alors levé et m’a réveillé….Le lendemain matin, j’ai ouvert les yeux, et il était là à me regarder avec insistance, il a commencé à me poser des questions sur mon cauchemar…..Je ne sais ce qu’il m’a pris mais je l’ai accusé de m’avoir fait du mal dans la nuit, il s’est alors mis en colère, et là, je me suis ravisée, et dans un souffle, je lui ai dit que je savais que ce n’était pas lui.
Il ne s’est pas démonté et a été en parler à sa mère, j’étais très triste car je voyais bien qu’il était en colère après moi. Mais il a fait le plus beau geste que l’on pouvait faire pour moi. Sa mère m’a demandé de venir avec elle dans la cuisine, et elle a commencé à me poser des questions, et à me réprimander pour l’accusation que j’avais porté envers son fils, elle tentait tant bien que mal à faire la lumière sur cette histoire. Je n’arrivais pas à parler sereinement, j’étais terrorisée, elle comprenait que quelqu’un me faisait bien ces choses, mais qui ? Et puis, devant moi, elle a commencé à discuter avec son mari, à supposer que c’était peut-être mon père, son mari, grand ami de mon père, le défendait et niait que se puisse être lui. Je ne pipait mot car il disait vrai. Et c’est là, qu’elle a commencé à insister, et à tenter de le faire changer d’avis, lorsque je vis qu’elle allait finir par y arriver, le désespoir a pu faire monter en moi le courage de crier le nom du vrai coupable. Et je lui ai tout dit…
Mes parents sont revenus, et puis, le lendemain soir, à l’heure du dîner, le téléphone a sonné, ma mère répondit, après un échange bref, elle raccrocha et dit à mon père que les amis cultivateurs voulaient le voir ce soir.
Il s’est rendu chez eux après le dîner, je savais que quelque chose se passait….Lorsqu’il est rentré à la maison, ma mère l’attendait, il a demandé si j’étais couchée, je l’étais bien entendu mais je ne dormais pas. Je me rappelle avoir ouvert la porte de ma chambre, il était là dans le couloir, il m’a regardé, s’est accroupi et m’a tendu les bras. Il m’a serré fort, s’est excusé pour tout ça, et m’a dit que ça n’arriverait plus. Cette nuit-là, j’ai dormi sereinement, soulagé de ce poids.
Quelques jours plus tard, c’était un samedi matin, ma mère est venue me chercher en catastrophe à l’école, un drame venait d’arriver….Mon oncle s’est suicidé d’une balle dans le ventre avec une carabine, chez ma tante, devant mon père et le mari de cette dernière….

Mes enfants ont aussi été victime d’un ami de mon compagnon, il m’a fallu 2 ans pour ouvrir les yeux et entendre leur désespoir. Cet ami s’introduisait dans leur chambre lors de soirée à la maison, et se faisait passer pour leur père pendant qu’il les tourmentait. Qu’ont-ils subi, j’en ai bien l’idée, mais c’est très dur pour moi de les imaginer. Lorsque ça a commencé mon fils devait avoir 2 ans, et ma fille 6 mois….Je porte une culpabilité énorme de n’avoir pas su repérer le prédateur malgré un nombre incalculable d’indices… C’est lorsque mon fils a commencé à avoir des réactions malsaines avec son père, en tentant de lui « manger » l’entrejambe à travers le pantalon…Mon compagnon avait lui-même une réaction brutale avec lui, en le repoussant assez fermement, se demandant ce qu’il essayait de faire… Heureusement, que j’ai toujours eu confiance au père de mes enfants, il a toujours été un papa poule et merveilleux. Jamais, je n’aurai pu douter de lui, d’autant plus, que lorsque je lui ai déballé ma propre histoire, il m’a dit, s’il n’était pas déjà mort, je tuerai ton oncle de mes propres mains…
Et puis, un jour, mon fils a appelé L. (ami pédophile), papa zizi….Ils étaient à la maison, mon mari n’a pas fait attention, L. m’a regardé d’un air provocateur. Tout est devenu clair, ils avaient un fils de 5 ans, qui n’aimait pas son père, le gamin faisant des allusions bizarre, la mère m’avait confié, un matin que nous buvions le café ensemble, que son fils avait dessiné son père tout en noir avec un énorme sexe. Et moi, je n’ai pas fait de lien, non, ma grande, tu ne voulais pas le faire, je n’arrivais pas à prendre conscience que j’étais ami avec un prédateur qui s’en prenait à mes propres enfants.

Connaissant mon compagnon, le soir où mon fils a dit ce mot, j’ai mis fin à la soirée promptement, sans expliquer pourquoi. C’est tellement compliqué pour moi de rentrer dans les détails, beaucoup plus compliqué que pour ma propre histoire. Comment expliquer, que la prise de conscience m’a mise dans un état catatonique, je ne pouvais plus bouger, j’étais prise de tremblement sur tout le corps, ça a duré 15 min. Mon compagnon était médusé, ne comprenait rien à ce qu’il se passait, mon fils avait 3 ans 1/2, ma fille 2 ans. J’ai alors pris un poupon et j’ai demandé à mes enfants de me montrer ce que faisait le papa zizi….Je vous laisse imaginer la suite. Mon compagnon était en état de choc, ne voulait pas admettre, quitte à m’accuser de transposer mon histoire sur celle de mes enfants.
Mais alors, comment expliquer les terreurs nocturnes de mon fils, qui hurlait, se raidissait tout en dormant, on mettait plus de 10min à le réveiller et le calmer. Ma fille qui se plaignait que « papa » lui faisait pipi dans la bouche. Comment n’ai-je pas réagi avant??? C’est une erreur que je ne pourrai jamais me pardonner.
La suite, j’ai contacté l’épouse de L., pour lui exposer ce que je pensais quand aux actes de son mari sur nos enfants et sur son propre fils, elle m’a écouté, elle avait l’air remué mais pas du tout en colère contre moi…Enfin, c’est ce que je croyais! Finalement, il s’est avéré qu’elle s’est rendue chez ma belle-mère, qu’elle connaissait pour raconter sa version et me faire passer pour une folle, et, je vous prie de croire que ça a fonctionné en partie. Même mon compagnon, malgré les preuves, doutait de la véracité de mes propos….J’ai eu un réflexe simple, j’ai pris rdv avec une psychologue piochée au hasard dans l’annuaire. Arrivée chez elle avec mes enfants, j’ai tout raconté, mon histoire, et celle de mes enfants. Elle est restée ensuite seule avec eux, puis, m’a confirmé que je n’étais pas folle, et que quelque chose était bien arrivé à mes enfants, mais qu’ils n’avaient pas envie d’en parler plus que ça. En fait, elle m’a expliqué que pour mes enfants, j’étais l’axiome central, qu’à partir du moment où moi, je les avais entendus, ils se sentaient rassurés et protégés et ça leur suffisait. De mon côté, je souhaitais porter plainte, mais il y avait ce fameux hic, la confusion autour du papa. La psychologue m’a alors expliqué avec toute la diplomatie nécessaire, que peut-être, je me voilais la face, et que l’auteur était peut-être le papa. Enfin, de son côté, elle avait besoin d’éclaircir ce point, et me demanda de proposer à mon compagnon de venir lors d’une séance.
Mon compagnon accepta sans sourciller, il avait encore du mal à prendre conscience de ce qu’il se passait, mais je voyais, que petit à petit, il commençait à s’effondrer. Elle le reçut seul, et ensuite, avec les enfants. Puis elle me pris seule. Alors, elle concéda que le père des enfants n’y était pour rien, que par contre, chez lui, l’idée faisait son chemin et qu’il allait être très fragile, et faire très attention à ses futures réactions. Par contre, elle m’a déconseillé de porter plainte, que j’avais plus à y perdre (la garde de mes enfants) qu’à y gagner. Elle avait vu juste, ce couple m’a appelé pour me traiter de folle, et démentir, en laissant entendre que L. avait des connaissances bien placées, et qu’il ne se laisserait pas faire.
Par contre, pour les enfants nous avons mis en place un repère, désormais, ils appelaient mon compagnon papa D. (prénom de mon compagnon), pour que la distinction se fasse dans leur esprit. Ils ont appelé leur père ainsi pendant 2 voir 3 ans, et un jour, ils ont recommencé à l’appeler papa tout simplement. Un an après cette histoire, nous avons déménagé à une centaine de kilomètre, et ce fut la meilleure décision que nous avons prise. Nous nous sommes reconstruits, et nous sommes heureux, mes enfants sont aujourd’hui des adolescents bien dans leur peau, et je tends le dos, car je sais qu’il faudra un jour où l’autre affronter de nouveau cette histoire. Alors, pour eux, chaque jour, je garde la mémoire intacte malgré ce qu’il m’en coûte émotionnellement, pour les aider au maximum, le jour où ils se rappelleront….
Quand à mon compagnon, je sais qu’une ardeur meurtrière couve en lui depuis toutes ces années, qu’il la contrôle seulement pour être auprès de nous, le jour où les enfants partiront de la maison pour faire leur vie, alors, je ne peux jurer de ce qu’il se passera…

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.