Témoignages

Les témoignages recueillis par les associations membres du CILCP sont destinés à être publiés sur ce site « Le déni, ça suffit ! ».

Par cette action, les victimes témoignent pour alerter l’opinion publique, les autorités compétentes ainsi que les instances internationales sur la réalité de leur vécu.

Par l’intermédiaire de ces témoignages, le CILCP demande l’ouverture d’un débat national sur le fléau social que constitue la pédocriminalité.

Par son action, le CILCP demande que la lutte contre la pédocriminalité soit déclarée grande cause nationale en France. Cette lutte doit être une priorité des instances internationales.

L’ensemble des personnes témoignant sur les supports du CILCP approuve le fait que ces publications soient transmises aux instances compétentes de l’Union européenne et de l’ONU.

Cet espace est un espace d'expression libre dédié aux victimes. Les opinions et ressentis exprimés n'engagent que leurs auteurs.

 

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11. Matti

Moi, Matti K, j’ai subi l’inceste. Mon père m’a violée à l’âge de cinq ans. Par des notifications de professeurs, j’ai pu constater qu’entre cinq et sept ans, j’étais devenue d’une timidité extrême. Je n’ai pas de souvenirs sauf d’une petite fille triste.

Je ne pouvais plus me concentrer à l’école ni avoir des relations avec les autres enfants. Cela a duré plus de deux ans. Puis j’ai remonté la pente. Je faisais des fugues, on me ramenait chez moi. Mon père me terrorisait. Cette terreur, je l’ai ensuite reportée sur les chiens. Puis, je souhaitais changer de prénom. J’avais dit à des personnes qu’une petite fille était morte dans un parking. C’était moi et ça ne s’était pas passé dans un parking. Mais une partie de moi a été tué lors de l’inceste. Mon corps a subi et ma tête a oublié. Je cassais mes poupées. Je suis devenue amnésique. Je devenais une autre pour ne plus être celle qui avait été abusée, sans le savoir. Je me clivais. Je vomissais beaucoup. J’avais des peurs paniques soudaines. En vérité, je n’ai que très peu de souvenirs. Je ne pouvais en parler à personne, ma mère était alcoolique pour échapper sans doute aux violences de mon père dont elle était dépendante financièrement. J’ignore si elle a su pour l’inceste. Amnésique, jusqu’à plus de quarante ans, je n’ai pas pu lui en parler. Elle était morte quand le voile de l’amnésie a commencé à se lever. C’est en écrivant mon premier livre. Je suis allée aussi dans des groupes d’incestes et de viols. Enfin, je trouvais des repères me concernant. Non, je n’étais pas folle ni si fragile comme je l’entendais dire et je n’inventais pas tout comme mon père me l’affirmait. J’ai été anorexique et boulimique. J’ai fait deux hépatites virales. J’ai été mariée contre mon gré et je ne suis pas musulmane. Mon père était d’une jalousie effrayante. Je ne savais pas pourquoi, il avait ce besoin de possession sur moi. Ma vie de femme a commencé jeune, avec une partie de moi enfouie par l’amnésie et avec un homme que je n’avais pas choisi. L’inceste m’avait culpabilisée au point de renoncer à ma propre vie. Le pire était que je l’ignorais. J’étais double. Il y avait la petite fille incestée par son père et une jeune femme qui était sous l’emprise de ce prédateur sexuel : mon propre père. Ma vie de femme fut peuplée de cauchemars la nuit. J’ai subi des violences sexuelles de la part de mon mari mais on n’en parlait pas à l’époque. J’ignorais que c’était des viols. Mon père m’a empêché de travailler. Comme ma mère, il m’a infligé des violences économiques, c’était l’époque où le père décidait de tout. Ma mère avait fait plusieurs tentatives de suicide. Nous étions terrorisées par lui. Parfois de colère, je me dressais contre lui puis je me soumettais. Il me fascinait comme un serpent à sonnettes, il était dangereux. J’avais subi un lavage de cerveau. Je l’aimais malgré tout. Il savait me manipuler. Adolescente je ne gagnais pas d’argent, je devais lui faire des cajoleries pour avoir une robe, des bas…..de l’argent de poche. Comme une petite prostituée. Il était cruel et obsédé par moi pour me détruire. Comme pour ma mère. Cette terreur de lui a duré jusqu’à sa mort en 2012.J’avais des problèmes de tension, de crises de panique. Mon père m’agressait et m’humiliait sans cesse. Cette année 2012, j’avais décidé de me tuer. Ma décision était prise, c’était mon père ou moi. On ne pouvait pas vivre sur la même planète. Il est mort, je suis en vie. Cette année-là, j’avais de graves problèmes d’argent, ma famille depuis longtemps s’était détournée de moi. Mes enfants plus tard à cause du divorce. J’étais jugée « folle comme ma mère » et la garde de mes enfants me fut retirée. Depuis très jeune, j’avais des problèmes de peau, des boutons sur tout le corps. Puis plus tard, une colopathie où manger est devenu un problème. Pendant une trentaine d’années, j’ai vu des psys et dernièrement, j’ai 67 ans, j’ai dû recommencer à travailler avec un psy tant mes cauchemars me pourrissent mes nuits et mes maux de ventre sont récurrents. J’ai souvent des cystites et de l’herpès génital ainsi que de l’exéma. J’ai des médicaments à vie à prendre pour pouvoir vivre normalement avec une colopathie qui cause des dérangements intestinaux. La sexualité et les relations amoureuses ont toujours été un gros problème pour moi. Je suis très seule, comme si je n’avais pas eu d’enfants. Je ne réalisais pas que mon père me volait mon enfance, ma jeunesse, ma vie ! C’est trop cruel ! L’inceste, la terreur, me hantent encore aujourd’hui, à l’âge que j’ai, à travers mes somatisations et mes cauchemars ! L’inceste a bousillé ma vie, une vie où une partie de moi connaissait l’horrible vérité et l’autre non à cause de mon amnésie. Jamais, je n’aurais accepté de vivre ce que j’ai vécu sans cette culpabilité. Sans ce viol, ma vie aurait été autre.

J’atteste sur l’honneur la véracité des faits évoqués.